Willy Mengue: Le frondeur du MRC qui défie son exclusion

Longtemps considéré comme un militant engagé du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), il est aujourd’hui au cœur d’un bras de fer politico-judiciaire avec la direction de son propre parti.

Au sein de l’opposition camerounaise, peu de figures cristallisent autant les tensions internes que Willy Mengue.  Exclu définitivement par le Comité national de médiation et d’arbitrage (CNMA), l’homme refuse pourtant de reconnaître cette sanction, convaincu que ceux qui l’ont prononcée n’en ont ni la légitimité ni la qualité juridique. Le différend trouve son origine dans les profondes divisions qui secouent le MRC depuis la séquence politique ouverte par l’élection présidentielle de 2025. Pour Willy Mengue, les instances dirigeantes mises en place à l’issue de la visioconférence du 21 décembre 2025 ne reposent sur aucune base statutaire valable. Dès lors, toutes les décisions prises par cette direction, y compris son exclusion, seraient dépourvues de fondement juridique.

Cette position lui vaut une rupture frontale avec les responsables du parti. Dans la décision rendue publique le 7 juillet 2026, le MRC lui reproche notamment des actes de trahison, un refus manifeste de respecter la ligne politique du parti, des violations répétées des textes internes, ainsi qu’un manque de loyauté envers les organes dirigeants. Des accusations lourdes qui traduisent la gravité de la crise de confiance entre les deux camps. Mais Willy Mengue ne se considère pas comme un dissident. Il affirme au contraire défendre l’esprit et la légalité du parti. Selon lui, remettre en cause la gouvernance actuelle ne constitue pas une trahison, mais l’exercice d’un droit destiné à préserver les principes fondateurs du MRC. C’est dans cette logique qu’il refuse de parler d’exclusion, qualifiant la décision du CNMA de simples « rumeurs persistantes » sans effet sur son statut de militant.

Sa stratégie dépasse désormais le terrain politique. Avec Laure Noutchang et Mballa Sébastien, il a porté le litige devant les juridictions compétentes afin de contester la légalité de la direction actuelle du parti. Les trois militants demandent notamment que soit reconnue l’irrégularité du retour de Maurice Kamto à la tête du MRC après son engagement sous la bannière du Manidem  lors de la présidentielle de 2025. À travers cette procédure, Willy Mengue entend faire prévaloir le droit sur les rapports de force internes. Dans son argumentaire, il rappelle que la qualité pour agir en justice s’apprécie au moment de l’introduction de l’action. Il en déduit que sa qualité de militant demeure entière, indépendamment des décisions prises ultérieurement par des instances qu’il considère elles-mêmes contestables.

Ce combat judiciaire fait désormais de Willy Mengue l’un des principaux visages de la contestation interne au sein du MRC. Son discours, centré sur la légalité des institutions partisanes et le respect des statuts, contraste avec celui d’une direction qui privilégie le maintien de la discipline et de la cohésion du parti. L’issue de cette confrontation pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir du MRC. Au-delà du cas personnel de Willy Mengue, c’est la question de la gouvernance, de la démocratie interne et de la résolution des conflits au sein des partis politiques camerounais qui se trouve posée. En attendant une éventuelle décision de justice, l’ancien cadre continue de revendiquer son appartenance au MRC et affirme poursuivre son combat au nom du droit, persuadé que le dernier mot n’a pas encore été dit.

Diane Kenfack

 

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