Sérail: Pourquoi Paul Biya tarde-t-il à remanier le gouvernement ?

Trois semaines après sa prestation de serment, le 6 novembre dernier, le chef de l’État n’a toujours pas choisi de nouveaux hommes et femmes appelés à implémenter sa politique des « grandes espérances », laissant place aux interrogations, aux attentes et aux supputations.

Il flotte sur le pays un mélange d’attente, d’impatience et de curiosité, comme si le Cameroun retenait son souffle depuis le 6 novembre dernier. Depuis que Paul Biya a prêté serment pour un 8ᵉ mandat, les uns et les autres s’interrogent sur l’absence jusqu’à là de remaniement ministériel, annoncé par certains, espéré par d’autres.

Que se passe-t-il au sommet de l’État pour que ce rituel politique ne soit pas encore déclenché ? La question est d’autant plus brûlante que les signaux du terrain ne manquent pas. Avec 53,66 % de suffrages exprimés en faveur du candidat du RDPC à l’occasion de la présidentielle du 12 octobre dernier, contre 71,09 % en 2018 pour ne citer que ce cas, il est clair, à en croire de nombreux observateurs, que ce score est le reflet d’un ras-le-bol des populations vis-à-vis, non pas de la personne Biya. Mais de l’élite aux affaires dont les plus récents sont issus du dernier réaménagement du gouvernement du 4 janvier 2019.

Face à cela, il serait plus qu’urgent pour celui qui commence un nouveau septennat de revoir l’équipe qui l’accompagne. Celle-là même qui serait à l’origine du désamour que lui voue une partie de la population, traduit par le résultat des urnes.                                Alors, pourquoi donc cette lenteur apparente dans la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale ?

Pour certains, s’il faut y voir une stratégie, d’autres affirment qu’il s’agit simplement de la continuité d’une méthode devenue, au fil des années, une signature du président de la République ? Car il faut bien le reconnaître, Paul Biya a toujours gouverné à son propre rythme.   Il a souvent pris du temps même lorsqu’il pressait au point où des gens ont fait des thèses sur ses silences, d’autres qualifiant ce qui est traité de lenteur par le peuple de « temps du président ». L’histoire de ses remaniements le démontre à souhait, ils arrivent rarement lorsque tout le monde les attend.

Toutefois, nombreux sont ceux qui pensent que le chef de l’État serait pris au piège du jeu des différents clans qui se neutralisent au sommet de l’État, l’empêchant de procéder à une quelconque redistribution des cartes. Une thèse d’autant plus plausible qu’ils prennent pour preuve le fait que depuis des mois, certains membres du gouvernement décédés n’ont même pas été remplacés, ni les intérimaires confirmés.

Pour d’autres qui disent être dans les secrets des dieux, Paul Biya attend la fin de la session parlementaire de novembre, consacrée au vote et à l’adoption du budget, mais également que les tensions postélectorales se tassent pour qu’ils puissent voir clair comment procéder à une nouvelle redistribution des cartes qui, si l’on s’en tient à son discours d’investiture, devra faire la part belle aux femmes et aux jeunes.

Mais le temps presse, les Camerounais attendent, le pays traverse une période où plusieurs dossiers stratégiques exigent une équipe gouvernementale solide, pleinement investie.

Julien Efila

 

 

 

 

 

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