Yaoundé: La Ligue des consommateurs plaide pour les taximen
Alors que plus de 3 000 taxis ont été immobilisés depuis lundi 6 octobre pour défaut de QR code et de nouveau numéro sur la portière, la Ligue camerounaise des consommateurs (LCC) dénonce une réforme précipitée et exige le report de l’échéance pour éviter la paralysie du transport à Yaoundé.
Plus de 3 000 taxis à l’arrêt . Des chauffeurs bloqués pendant des heures devant l’hôtel de Ville de Yaoundé. Et des citoyens qui peinent à se déplacer depuis le début de la semaine dernière. La modernisation du transport urbain voulue par la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY) vire au casse-tête.
Dans un communiqué de presse rendu public le 9 octobre 2026, LCC monte au créneau et demande sans détour le report de l’échéance de mise en conformité liée à l’identification numérique et au QR code des véhicules. L’organisation de consommateurs estime que la mise en œuvre est brutale et socialement risquée. «La pertinence d’une réforme ne saurait justifier une mise en œuvre qui fragilise les revenus des exploitants, pénalise les consommateurs et perturbe la mobilité urbaine », tranche le communiqué signé du chef du département des transports terrestres.
Au cœur de la grogne, le bilan de la répression. Selon les informations compilées par la LCC, plus de 3 000 véhicules jugés non conformes ou dépourvus du nouveau numéro sur la portière auraient été immobilisés par la police municipale. Du jour au lendemain, des centaines de chauffeurs se sont retrouvés sans outil de travail. Pour des hommes qui vivent au jour le jour, la sanction est lourde. « On nous demande d’être en règle, mais on ne nous donne pas le temps ni les moyens de l’être», confiait un chauffeur rencontré jeudi matin à l’Hôtel de Ville, sous couvert d’anonymat. Car le parcours pour se mettre en conformité relève du chemin de croix.
Première difficulté pointée par la LCC : des files d’attente interminables à l’Hôtel de Ville, seul point d’enregistrement actuellement opérationnel. Les chauffeurs y passent parfois deux à trois jours, au détriment de leurs recettes quotidiennes.
Deuxième écueil : les retards dans la délivrance des pièces exigées. Carte grise, impôt général synthétique (IGS), autres documents administratifs, beaucoup peinent à les obtenir dans les délais auprès des différentes administrations.
Enfin, le coût. Entre frais de dossier, frais de QR code et autres charges connexes, la mise aux normes représente une dépense supplémentaire difficile à absorber pour des exploitants aux revenus modestes et irréguliers. Conséquence directe pour le consommateur : l’offre de transport a chuté. Aux heures de pointe, les usagers attendent plus longtemps. Certains arrondissements sont quasiment désertés par les taxis jaunes. La réforme censée améliorer la mobilité risque paradoxalement de l’aggraver.
Face à ce constat, la LCC, exige en outre la décentralisation immédiate des opérations. Actuellement concentrées à l’hôtel de Ville, les procédures d’identification et d’attribution des QR codes devraient, selon elle, être organisées dans les 7 communes de Yaoundé, en collaboration avec les mairies d’arrondissement. Une mesure qui rapprocherait les services des usagers, réduirait les déplacements et limiterait les pertes de revenus.
In fine, la LCC réclame une meilleure coordination entre les services, la publication officielle et transparente des tarifs applicables pour éviter les perceptions indues, ainsi que des modalités de paiement plus souples et adaptées aux réalités du terrain. Pour la LCC, une politique publique ne réussit que si elle est accompagnée d’une communication suffisante, de procédures réalisables et d’un calendrier qui tient compte des réalités du terrain.
Instituée par un arrêté du maire de la ville de Yaoundé, Luc Messi Atangana, signé le 25 juin 2026, l’opération d’identification numérique des véhicules de transport urbain, avec apposition d’un QR code et d’un nouveau numéro d’identification sur les portières, a démarré le 3 juillet 2026 sur la plateforme gratuite Taxi-Yaoundé.com, développée avec l’appui de la GIZ. La date limite de mise en conformité était fixée au 5 octobre 2026. Depuis le 6 octobre, la mairie de la ville a engagé la phase répressive avec contrôles systématiques et mise en fourrière des véhicules non conformes.
J.E

