Cacao durable: Yaoundé au cœur du dialogue pour une filière responsable
À l’initiative de la Fondation International Cocoa Initiative (ICI), une rencontre stratégique se tient ce 3 novembre dans la capitale camerounaise avec pour principal objectif de transformer les défis sociaux de la filière en opportunités de partenariat, dans un contexte où le Cameroun doit allier conditions de vie des producteurs, droits humains et adaptation aux nouvelles exigences européennes.
C’est un rendez-vous inédit à Yaoundé. En marge de la 54ᵉ session de son Conseil d’administration qui se tient ce 3 novembre 2026 dans la capitale camerounaise, la Fondation International Cocoa Initiative (ICI) organise une rencontre de haut niveau avec les partenaires institutionnels, placée sous le patronage du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
Le thème donne le ton : « Transformer les défis sociaux en opportunités de partenariat pour une filière cacao responsable et durable au Cameroun ». Loin d’une simple rencontre protocolaire, il s’agit alors de poser les bases d’une action collective face à un constat partagé : la durabilité du cacao ne se jouera pas uniquement sur les volumes et les cours mondiaux, mais sur la capacité à protéger les personnes qui le produisent. Un enjeu vital pour le Cameroun.
5ᵉ producteur mondial, le pays tire alors de la production du cacao, une part essentielle de ses devises. Mais la filière est à la croisée des chemins. Elle doit répondre simultanément à l’amélioration des conditions de vie des producteurs, à la protection des enfants, à l’accès à l’éducation, à la prévention des travaux dangereux et à la traçabilité exigée par les marchés internationaux. C’est tout l’objectif de cette rencontre.
Autour de la table, sont attendus des représentants du gouvernement, des organismes de régulation du secteur cacao, des industriels du cacao et du chocolat, des agences du système des Nations unies, des organisations de producteurs et de la société civile.
La rencontre s’articulera autour de trois grands axes qui constituent à la fois les objectifs et les enjeux de l’événement.
Le premier concerne l’état des lieux de la filière camerounaise. Il ne s’agit plus de nier les risques sociaux mais de les documenter, de comprendre les réalités des communautés rurales et d’identifier les leviers pour améliorer durablement leurs conditions de vie.
Le deuxième axe, et non des moindres, est en rapport avec la diligence raisonnable et les nouvelles exigences européennes. L’Union européenne, premier débouché du cacao camerounais, fait évoluer ses réglementations sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de droits humains, surtout du travail des enfants. Pour les acteurs camerounais, l’enjeu est de taille : comprendre ces obligations, anticiper leur mise en œuvre et éviter que ces normes ne deviennent des barrières commerciales. La rencontre vise à décrypter ces politiques pour les transformer en opportunité de mise à niveau.
Le dernier axe est en rapport avec le cadre juridique national. Le Cameroun dispose déjà d’un arsenal légal pour la protection de l’enfant et du travailleur et a pris des engagements internationaux. L’objectif est de renforcer la cohérence entre ces textes, leur application sur le terrain et les attentes internationales, à travers un dialogue renforcé entre autorités, entreprises et défenseurs des droits humains. Le message central porté par ICI est donc clair : aucun acteur, seul, ne peut éradiquer le travail des enfants et le travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement.
Fondée en 2002 et active depuis 2007 en Côte d’Ivoire et au Ghana, ICI a développé des approches de suivi et de remédiation du travail des enfants qui ont fait leurs preuves à grande échelle. C’est forte de cette expérience qu’elle a officiellement lancé ses activités au Cameroun le 31 mars 2026. Sa vision est assumée : des communautés productrices prospères au sein d’une chaîne d’approvisionnement digne, durable et où les droits des enfants et des adultes sont respectés.
Julien Efila

