Rentrée scolaire: Les enseignants prêts à bloquer l’école

Malgré des mois de dialogue avec le gouvernement, le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) annonce une nouvelle phase de protestation dès la rentrée scolaire de septembre 2025.

À quelques semaines de la reprise des cours, le système éducatif camerounais se retrouve à la croisée des chemins. Le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) a annoncé, dans une lettre adressée au Premier ministre le 11 août dernier, la mise en œuvre de la troisième phase de ses actions de protestation, face à « l’inertie » des autorités sur six revendications jugées « non négociables ». La rentrée de septembre s’annonce donc tendue, voire paralysée.

En effet, depuis le préavis de grève du 19 mars 2025, les enseignants, réunis au sein du Corec, ont choisi la voie du dialogue. Une session de travail a eu lieu le 26 mars avec les représentants du gouvernement, suivie de plusieurs mois d’échanges techniques. Mais aujourd’hui, le constat est amer : « aucune décision politique concrète n’a émergé », malgré la reconnaissance de la pertinence des revendications par les autorités elles-mêmes. Toutefois, « les discussions ont permis de finaliser plusieurs processus administratifs, mais ceux-ci sont restés sans effet faute d’arbitrages au plus haut niveau », regrette le Collectif.

Pour les syndicats, l’impasse actuelle découle d’un « déficit décisionnel » qui bloque toute avancée structurelle dans un secteur pourtant déclaré « grande priorité nationale » par la Loi d’Orientation de l’Éducation. Cependant, le cœur du litige repose sur six demandes précises, portées de longue date par les enseignants. La plus symbolique : la tenue du Forum National de l’Éducation, promis depuis 2016 et jamais organisé, pourtant considéré comme essentiel pour refonder le système éducatif.

Une grève qui se veut citoyenne

À cela s’ajoutent : L’adoption d’un nouveau Statut Spécial pour les personnels de l’éducation, reconnaissant la spécificité de leur mission ; La création d’une Convention Collective pour l’enseignement privé, afin de combler un vide juridique persistant depuis l’indépendance ; La régularisation des « travailleurs des parents », ces enseignants précaires en poste dans le public ; La nomination des Animateurs Pédagogiques, pourtant prévue par décret depuis 2012 ; Et enfin, le paiement des indemnités dues par l’Office du Baccalauréat et la révision des conditions de participation aux examens officiels.

Pour le Corec, ces mesures ne sont pas de simples doléances : elles sont l’ultime levier pour éviter l’effondrement d’un système en crise. Ainsi, dans sa lettre, le Collectif insiste sur la dimension citoyenne de sa lutte. Plus qu’un mouvement corporatiste, les enseignants se présentent comme les garants de la qualité éducative, investis d’un devoir moral envers la jeunesse et l’avenir du pays. L’article 37 de la Loi d’Orientation de l’Éducation leur confère d’ailleurs ce rôle. Refuser d’agir reviendrait, selon eux, à « assister passivement à la dégradation d’un système qui hypothèque l’avenir de la Nation ». En tenant donc le gouvernement pour seul responsable d’une éventuelle paralysie, le Corec place l’exécutif face à ses propres engagements : ceux de la Stratégie Nationale de Développement 2030, qui érige le capital humain en moteur du développement.

Cependant, le flou reste total sur la forme que prendra la mobilisation annoncée. Boycott des cours ? Grève illimitée ? Manifestations ? Si le Corec reste évasif sur les détails, il affirme que cette troisième phase de protestation sera mise en œuvre dès le mois de septembre. Un timing critique, alors que les élèves et leurs familles s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école. Les semaines à venir seront donc décisives.

Hélène Tientcheu

 

About Post Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
1 × 24 =


Enregistrez vous à notre newsletter