Crise scolaire : Un dialogue technique, sans volonté politique

Annoncé en mars 2025 comme un espoir de réconciliation entre le gouvernement et les enseignants, le dialogue social sur l’éducation s’est mué, selon le Corec, en une stratégie de blocage systématique. Dans un rapport remis au Premier ministre le 11 août dernier, le Collectif dresse un constat : aucune des six revendications centrales n’a été résolue, en dépit de mois de travaux préparatoires, de réunions techniques, de documents validés. Le point commun : « un gel des décisions au sommet de l’État ».

Les enseignants dénoncent une gouvernance qui multiplie les procédures sans fin pour éviter l’acte politique, et se disent contraints d’enclencher une nouvelle phase de mobilisation dès la rentrée scolaire de septembre. Voici, point par point, l’état d’avancement, ou de blocage, des six revendications clés.

Forum National de l’Éducation : Neuf ans de promesse sans décret

Attendu depuis 2016, le Forum National de l’Éducation devait marquer un tournant dans la refondation du système éducatif. En avril 2025, le Corec a participé à deux réunions préparatoires et obtenu des accords sur la méthode. Mais le gouvernement a renvoyé la tenue du forum à une date indéterminée, évoquant des « contraintes logistiques ». Concernant les blocages : Absence de décret de convocation, de calendrier officiel et de budget dédié. Conséquence : Invalidité de toutes les avancées préparatoires et gel du processus.

Statut Spécial des Enseignants : Un accord technique resté lettre morte

Après avoir déposé une proposition consensuelle le 31 mars, le Corec a obtenu une validation conjointe avec le ministère de la Fonction publique le 17 avril. Le dossier a été ensuite transmis au cabinet du Premier ministre… où il demeure bloqué depuis quatre mois. Depuis lors, aucun arbitrage politique ni signature du décret attendu. Conséquence, un processus abouti techniquement, mais paralysé au niveau décisionnel.

Convention Collective pour le secteur privé : L’État spectateur de l’impasse

Les enseignants du privé réclament une convention collective nationale, absente depuis l’indépendance. Un accord de signature a été fixé au 17 avril, mais le patronat s’est désisté. Plutôt que de trancher, l’État a mis en place une commission qui a échoué elle aussi en juillet. Pour le Corec, cette séquence factuelle démontre que l’État, au lieu d’être le garant du dialogue social, s’est comporté en spectateur.

« Travailleurs des parents » : Une illégalité tolérée dans le public

Dans de nombreux établissements publics, des enseignants non reconnus par l’administration travaillent sans contrat, ni sécurité sociale, souvent en dessous du Smig, relève le Collectif. L’État, alerté par ce dernier depuis février, s’est contenté d’une promesse d’« approfondissement de la réflexion ». Cette non-décision constitue, d’après le Corec, une caution de fait à une pratique illégale. « L’absence de publication d’une circulaire interministérielle contraignante démontre une tolérance inacceptable de l’État envers une zone de non-droit »

Animateurs pédagogiques : Douze ans d’attente pour l’application d’un décret

Le décret présidentiel de 2012 prévoit la nomination officielle des animateurs pédagogiques. En avril 2025, la Minesec a instruit la rédaction d’un arrêté… qui ne sera « jamais signé ». Là encore, le processus administratif a été interrompu à la dernière étape, dénonce le Collectif.

Office du Baccalauréat : Une dette financière et une crise de confiance

Le Corec dénonce le non-paiement chronique des indemnités dues aux enseignants par l’OBC, pour un montant reconnu de 616 millions FCFA. Pire, des fuites massives d’épreuves lors de la session 2025 soulignent une faillite de gouvernance. Le boycott des examens devient, selon le Collectif, une « mesure de responsabilité ».

À travers ces six dossiers, le Corec identifie un schéma récurrent : des discussions techniques approfondies, suivies d’un silence politique au moment de l’acte décisif. Ce « dialogue sans décision », selon les mots du Collectif, épuise les négociateurs et nourrit un sentiment de défiance. Face à cette situation, les enseignants affirment qu’ils ne peuvent plus être complices de la dégradation d’un système éducatif incapable de produire des citoyens compétents.

H.T

 

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