Régimes éternitaires: « La Troisième Voix », l’alternative africaine
Le politologue camerounais a présenté mardi 16 septembre 2025 à Yaoundé son nouvel essai, La Troisième Voix : comment déconstruire les régimes éternitaires d’Afrique.
Comment briser le cycle des régimes qui s’éternisent au pouvoir en Afrique ? C’est à cette question sensible que tente de répondre « La Troisième Voix », le nouveau livre d’Aristide Mono, docteur en science politique, chercheur et figure de la société civile camerounaise. L’ouvrage, officiellement annoncé lors d’un point de presse le 16 septembre à Yaoundé, se veut à la fois une analyse et un manuel stratégique pour les « en-bas d’en-bas », ces citoyens souvent exclus du débat politique.
Le constat dressé par l’auteur est sévère : plus de soixante ans après les indépendances, nombre d’États africains demeurent prisonniers de systèmes figés, où des dirigeants prolongent indéfiniment leur règne. Selon lui, ni les oppositions classiques, divisées et affaiblies, ni les réformes imposées de l’extérieur n’ont permis d’ouvrir de réelles perspectives de changement. Résultat : les peuples restent confrontés à la pauvreté, à la marginalisation et à un profond sentiment d’impasse politique. D’où l’idée de cette « troisième voie », ou plutôt « Troisième Voix », qui occupe le cœur de l’ouvrage.
Aristide Mono y plaide pour que les sociétés civiles s’organisent au-delà des clivages partisans et ethniques afin de devenir de véritables contre-pouvoirs. Il esquisse une stratégie où syndicats, médias, organisations religieuses et traditionnelles, intellectuels, opérateurs économiques, diasporas et célébrités unissent leurs forces pour peser sur les politiques publiques et contraindre les régimes à évoluer. L’ambition affiché étant de replacer le bien-être des populations au centre de l’action publique. L’auteur insiste aussi sur la nécessité de bâtir ce mouvement sur des valeurs citoyennes solides, partagées et transversales, afin de résister aux tentatives de récupération ou de division. « Soit les régimes changent, soit les peuples les changent », résume-t-il dans un passage marquant.
Le livre, publié aux Éditions Société Camerounaise d’Intelligence et de Recherches (SCIR), bénéficie d’une préface de Simone Gbagbo, ancienne première dame de Côte d’Ivoire et candidate à la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025, ainsi que d’une postface du professeur Moluh Yacouba, politologue de l’Université de Yaoundé II. Avec La Troisième Voix donc, Aristide Mono s’affirme comme l’un des penseurs critiques de sa génération, décidé à interpeller autant les citoyens ordinaires que les élites politiques. En aval de la sortie officielle de l’ouvrage, il a accepté de répondre aux questions d’Expression Politique sur son parcours, sa démarche et la vision qu’il propose pour l’avenir démocratique du continent.
Hélène Tientcheu

