Présidentielle 2025: La bataille du Grand Nord a-t-elle commencé ?

Avec plus de 33 % du corps électoral, cette partie stratégique du pays est, depuis quelques semaines, l’épicentre des opérations de pré-campagne.

Le Grand Nord est-il déjà le théâtre d’un affrontement électoral avant l’heure ? À six semaines de l’élection présidentielle du 12 octobre, les signes avant-coureurs sont de plus en plus évidents. Candidats et leurs émissaires se bousculent dans les trois régions septentrionales du pays, comme pour prendre une longueur d’avance.

En effet, ces derniers jours, les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord sont devenues le point de convergence de figures politiques de premier plan. Louis Paul Motaze, ministre des Finances y a effectué une visite à la tête d’une impressionnante délégation gouvernementale. Officiellement, il s’agissait d’une mission économique, mais sur le terrain, tout avait des allures de pré-campagne. À Maroua, l’accueil populaire fut spectaculaire, à la hauteur d’un événement politique majeur. Des centaines de militants du Rassemblement démocratique du Peuple camerounais(RDPC) et d’autres formations politiques alliées ont transformé l’arrivée du chef de la délégation permanente départementale du comité central du RDPC pour le Dja-et-Lobo en véritable démonstration de force en faveur du président sortant, Paul Biya.

Un retour de force qui semble répondre à l’entrée en scène remarquée d’Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et candidat déclaré, dont le retour à Garoua il y a deux semaines avait été salué par une foule en liesse. Tchiroma, qui joue à domicile dans le Nord, n’a rien laissé au hasard. Il tente de mobiliser l’électorat local autour de son image de « fils du terroir » et de son expérience gouvernementale.

Bello Bouba Maïgari, quant à lui, a lancé sa propre offensive. Le leader de l’Union nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP) mène depuis le 21 août un programme de pré-campagne dense dans tout le septentrion. Il a déjà tenu des meetings à Meiganga, dans l’Adamaoua, puis à Ngaoundéré, confirmant sa volonté de reconquérir un électorat qui l’a longtemps soutenu. D’ailleurs, annonce son équipe, durant les deux semaines réglementaires de campagne, le candidat concentrera ses efforts sur l’Extrême-Nord, où six meetings sont programmés. Et la clôture de la campagne interviendra à Garoua, dans le Nord, marquant ainsi la dernière étape du marathon électoral de celui qui se présente comme une alternative au régime de Yaoundé en place depuis plus de quarante ans.

Le terrain est également investi par les nouvelles figures de la scène politique. Cabral Libii, leader du PCRN, multiplie les visites et rencontres dans l’Extrême-Nord. Bien qu’il ne dispose pas des moyens logistiques des grandes machines politiques, il mise sur le contact direct avec les jeunes et les leaders communautaires pour se faire entendre. De son côté, Patricia Ndam Njoya, héritière de la tradition politique du CDU, a entamé une tournée discrète mais soutenue dans plusieurs localités du Nord, espérant rallier l’électorat féminin et les indécis.

Face à cet activisme précoce, une question demeure : si tous les regards sont déjà braqués vers le septentrion, est-ce que la véritable bataille du Grand Nord n’a pas déjà silencieusement commencé ?

Loin d’être une simple coïncidence, cette concentration d’activités politiques dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord trahit l’importance électorale de la zone qui, selon ELECAM, représente à elle seule 33 % du corps électoral national, soit plus du tiers des votants. Une donne impossible à ignorer pour quiconque vise le palais d’Etoudi.

Julien Efila

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