Pénurie d’oxygène: L’asphyxie silencieuse des hôpitaux
Privées d’oxygène médical, plusieurs formations sanitaires du pays sont en alerte rouge face à l’épuisement des stocks, d’où la sonnette d’alarme des pédiatres qui appellent les pouvoirs publics à trouver des solutions pour approvisionner les hôpitaux de ce « gaz de vie ».
Depuis plusieurs semaines, le Cameroun fait face à une crise d’approvisionnement en oxygène médical qui fragilise l’ensemble de l’édifice sanitaire national. Si le phénomène touche toutes les spécialités, ce sont les pédiatres qui, les premiers, ont décidé de briser le silence pour dénoncer une situation devenue « insoutenable ». Pour cela, la Société Camerounaise de Pédiatrie ne mâche plus ses mots et a profité de la 5e édition des Journées africaines des réalités pédiatriques tenues à Douala du 08 au 10 mai 2026, sous le thème « L’oxygénothérapie en milieu pédiatrique camerounais », pour sonner l’alarme face à la pénurie d’oxygène à laquelle les hôpitaux du pays sont confrontés. Car dans les unités de soins intensifs, néonataux, l’oxygène n’est pas un confort, mais une condition de survie.
Pour un prématuré dont les poumons ne sont pas encore à maturité, tout comme pour un nourrisson frappé par une pneumonie sévère, chaque minute de rupture d’approvisionnement se traduit par des lésions cérébrales irréversibles ou un arrêt cardio-respiratoire. Pour le Pr David Chelo, président de la Société Camerounaise de Pédiatrie (SOCAPED), le constat est sans appel : « l’oxygène en bouteille coûte extrêmement cher. Un enfant qui est mis sous deux litres d’oxygène par jour, va finir une bouteille de 15 litres chaque jour. Et ces bouteilles coûtent environ 45 000 FCFA. Nous venons plaider auprès des autorités du ministère de la Santé publique de trouver une stratégie », a-t-il avancé.
Pour ces professionnels de santé, l’oxygène médicale n’est toujours pas traité comme un médicament essentiel au Cameroun. À cet effet, ils dénoncent l’absence d’un véritable programme national de maintenance des équipements médicaux, ainsi que le manque de subventions destinées aux soins d’oxygénothérapie pédiatrique pourtant indispensable dans la prise en charge des enfants en situation d’urgence. Plusieurs ateliers pratiques ont marqué le thème de cette conférence qui s’est déroulée du 08 mai au 10 mai 2026, afin de permettre aux professionnels de santé de renforcer leurs compétences et d’améliorer leur pratique clinique. Entre pénuries chroniques et logistique défaillante, les pédiatres camerounais tirent la sonnette d’alarme face à une hécatombe silencieuse qui pourrait survenir suite à la raréfaction de l’oxygène médical, ce « médicament » vital qui manque cruellement à l’appel dans de nombreux hôpitaux du pays. Comment expliquer qu’un produit aussi essentiel pour la vie puisse à manquer ? la réponse étant à la confluence de la logistique, de l’énergie et de la finance, laisse croire que le marché de l’oxygène au Cameroun, repose sur un équilibre précaire entre quelques producteurs privés et des centrales hospitalières souvent vétustes.
D’une part, les coûts de production ont explosé. Car, la production d’oxygène médical est un processus énergivore, nécessitant une alimentation électrique stable et puissante pour les unités de séparation d’air. Cependant les fluctuations du réseau électrique et le coût du carburant pour les groupes électrogènes de secours pèsent lourdement sur les factures des prestataires.
Aussi, la logistique de transport reste le maillon faible pour acheminer des bouteilles pressurisées depuis les centres de production de Douala vers les centres hospitaliers sur le territoire national.
Arnaud Joseph Etoundi

