Couverture santé universelle: Le Minsanté siffle la fin de la récréation

Entre constats amers et exigences de performance, le ministre de la Santé publique a tapé du poing sur la table le 30 avril 2026, au cours d’une réunion avec les responsables des Fonds Régionaux pour la Promotion de la Santé (FRSP), fustigeant une gestion qu’il juge déconnectée des impératifs de la CSU. 

À Yaoundé, l’ambiance n’était pas aux civilités d’usage dans la salle de conférence du ministère de la Santé Publique (Minsanté) le 30 avril 2026. Face au ministre Manaouda Malachie, les responsables des Fonds Régionaux pour la Promotion de la Santé (FRPS) ont dû affronter une réalité crue, celle du moteur de la Couverture Santé Universelle (CSU), et le ministre n’a plus l’intention de tolérer les ratés mécaniques. Alors que la phase pilote de la CSU tente de s’ancrer dans les habitudes des populations, les FRPS, censés être les bras séculiers de cette forme en région, sont aujourd’hui sous le feu des critiques. Le ton a été donné dès l’entame de la séance . Si le ministre a reconnu les efforts fournis par certains acteurs, c’est pour mieux souligner le gouffre qui sépare les objectifs nationaux de la réalité du terrain. Les griefs sont nombreux et, pour tout dire, inquiétant pour la pérennité du système.

Au premier rang des accusations, l’absence de propositions stratégiques. Pour le patron de la Santé, les FRPS ne doivent pas être de simples chambres d’enregistrement ou des structures administratives passives. Ils doivent être des laboratoires d’idées, capables d’adapter les directives nationales aux spécificités locales. Or, le constat est celui d’une inertie qui frise le désintérêt. Plus grave encore sur le plan de la gouvernance, le Minsanté a dénoncé des rapports annuels inexistants. Dans une administration moderne, et surtout dans un secteur aussi sensible que celui de la santé publique, l’absence de données et le bilan financier est un « carton rouge » immédiat. Sans ces rapports, impossible d’évaluer l’efficacité des fonds alloués ou de rectifier le tir en cas de dérive. En effet, l’un des points les plus critiques soulevés lors de cette réunion concerne les remboursements tardifs aux formations sanitaires. La CSU repose sur un contrat de confiance pendant que les hôpitaux soignent les patients en fonction des paniers de soins définis, et l’État, via les fonds régionaux règle la facture.

Dans un ton direct, Manaouda Malachie a dénoncé plusieurs manquements au premier rang desquels, l’absence de propositions structurées émanant des fonds à l’endroit du top management, révélatrice d’un déficit de vision stratégique et de coordination.il a également regretté une participation jugée peu remarquable dans l’animation globale de ces structures, en décalage avec les attentes institutionnelles .au terme des échanges, le message est sans équivoque. Les Fonds régionaux sont appelés à franchir un cap décisif, celui de la responsabilité accrue, de la redevabilité et de l’alignement stratégique avec les priorités du secteur santé.

Cette concertation aura ainsi servi à la fois de cadre de recadrage et de remobilisation. Dans un système en pleine mutation, chaque maillon est désormais attendu à la hauteur des ambitions portées par la Couverture Santé Universelle qui est celle de garantir un accès équitable, efficace et durable aux soins de santé pour tous. En haussant le ton à Yaoundé, le ministre ne cherche pas seulement à discipliner ses troupes, il tente de sauver la réforme la plus ambitieuse du système de santé camerounais de ces trente dernières années. L’opinion publique quant à elle, attend de voir si ces instructions seront suivies d’effets concrets dans les hôpitaux de district et les centres de santé intégrés du pays, car en fin de compte, la réussite de la CSU ne se jugera pas dans les salles de conférence de Yaoundé, mais au chevet des patients.

A.J.E

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