Migration: L’Assemblée nationale prend la main

Réunis le 28 mai 2026 à Yaoundé, le président de l’Assemblée nationale Théodore Datouo et le chef de mission de l’OIM ont acté la création d’un réseau parlementaire pour transformer les députés en acteurs clés de la politique migratoire au Cameroun.

La gestion des flux migratoires au Cameroun s’apprête à vivre un véritable changement de paradigme. Longtemps confinée aux cercles feutrés des ministères régaliens, des agences humanitaires et des organisations internationales, la gouvernance des migrations s’invite désormais de plain-pied au cœur de la représentation nationale. C’est la principale annonce qui a filtré de l’audience hautement stratégique accordée par le président de l’Assemblée nationale, Théodore Datouo, à Abdel Rahmane Diop, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Au-delà des civilités d’usage, cette rencontre au sommet a débouché sur une avancée institutionnelle majeure : l’acceptation formelle du principe de création d’un réseau parlementaire sur la migration. Cette future instance promet de bouleverser durablement l’écosystème législatif camerounais, en plaçant le député au centre de la conception, du suivi et de l’évaluation des politiques migratoires nationales et régionales.

Le Parlement, nouveau pivot du Pacte mondial

Dans une Afrique centrale et sahélienne en proie à des crises sécuritaires, climatiques et économiques chroniques, les mouvements de populations sont devenus un casse-tête géopolitique. Pour l’OIM, l’implication directe des élus du peuple est devenue un impératif catégorique pour matérialiser sur le terrain les objectifs du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Le diplomate onusien Abdel Rahmane Diop l’a d’ailleurs rappelé avec force lors des échanges : « Les défis migratoires nécessitent aujourd’hui une mobilisation élargie de tous les acteurs institutionnels ». En clair, le Parlement dispose de trois leviers constitutionnels indispensables que l’administration publique seule ne peut activer : le vote des lois de cadrage, le contrôle rigoureux du budget de l’action gouvernementale et, surtout, le lien de confiance direct avec les populations locales à travers la sensibilisation.

En réponse, le président de la Chambre basse, Théodore Datouo, a tenu à rappeler la position singulière et historique du Cameroun. Véritable « terre d’asile » au carrefour des turbulences régionales, le pays d’Afrique centrale abrite depuis des décennies des centaines de milliers de réfugiés, de demandeurs d’asile et de migrants économiques. Cette position de hub migratoire confère à Yaoundé une responsabilité grandissante. L’élu de la nation a salué, à cet effet, le rôle pivot de l’OIM dans l’accompagnement technique des collectivités territoriales décentralisées et la formation des autorités administratives face à ce défi humanitaire permanent.

L’urgence du retour volontaire et de la dignité humaine

L’autre dossier brûlant au cœur de ce nouveau partenariat concerne le sort des Camerounais en détresse hors des frontières nationales. L’émigration irrégulière vers l’Afrique du Nord ou l’Europe continue de broyer des vies. Le chef de mission de l’OIM a profité de cette tribune pour exposer les opérations de sauvetage en cours, illustrées par le rapatriement humanitaire, prévu dès le 29 mai, de 120 ressortissants camerounais en détresse, bloqués au Niger.

Ce programme de Retour volontaire assisté et de réintégration (RVAR), porté par l’OIM, vise à offrir une porte de sortie digne et sécurisée à ceux qui sont tombés entre les mains des réseaux de traite humaine et de passeurs criminels. Pour le futur réseau parlementaire, l’enjeu sera de l’inciter à légiférer pour bâtir des passerelles de migration légales et d’allouer des budgets robustes afin d’assurer la réinsertion socio-économique durable de ces rapatriés.

Un moment de deuil et une ambition partagée

Cette rencontre de haut niveau s’est également drapée d’une dignité solennelle. Abdel Rahmane Diop a tenu à présenter les condoléances officielles de l’ONU au Parlement camerounais, durement éprouvé par la disparition récente de plusieurs figures emblématiques de l’institution. Parmi elles, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, patriarche de la vie politique nationale qui aura présidé la Chambre basse pendant plus de trois décennies. Théodore Datouo a exprimé sa vive gratitude face à cette marque de solidarité, y voyant le ciment d’une relation bilatérale d’une qualité exceptionnelle.

L’avenir de cette alliance se dessine déjà sous des auspices pragmatiques. Loin d’être un comité théologique de plus, la nouvelle plateforme parlementaire se dotera d’un agenda opérationnel serré : séminaires de renforcement de capacités pour les députés, partage d’expériences avec d’autres parlements du Sud, et grilles d’audit des politiques publiques.

En choisissant d’intégrer le Parlement au cœur du dispositif, le Cameroun envoie un signal géopolitique fort. La migration n’est plus perçue à Yaoundé comme une simple crise humanitaire à gérer dans l’urgence des contingences internationales, mais bien comme un pilier structurel des politiques publiques, de la sécurité nationale et du développement économique.

Julien Efila

 

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