Droits humains: Le pape Léon XIV brise le silence

En visite du 15 au 18 avril 2026, le souverain pontife a interpellé le pouvoir de Yaoundé sur le respect des droits de l’homme, une prise de parole rare qui tranche avec la prudence de ses prédécesseurs.

Le ton est donné dès les premières heures. Devant les autorités réunies à Yaoundé, le pape Léon XIV ne tourne pas autour du pot : « La sécurité est une priorité, mais elle doit toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme ». En quelques mots, le message est clair, direct, et vise sans détour le régime du président Paul Biya. Rarement un pape aura parlé avec une telle franchise sur le sol camerounais. Pendant quatre jours, du 15 au 18 avril, le souverain pontife a sillonné le pays, de Bamenda à Douala, en passant par Yaoundé. Mais derrière les messes et les foules enthousiastes, c’est un autre fil conducteur qui s’impose : celui de la dignité humaine.

À Bamenda, région marquée par des années de crise, il évoque « des familles brisées, des jeunes sans avenir » et appelle à « changer maintenant, pas demain ». À Douala, au stade de Japoma, il insiste encore : « Il y a du pain pour tous s’il est donné à tous », une manière simple de dénoncer les inégalités et les injustices. Surtout, le pape ne se contente pas de paroles générales. Il nomme les maux : violences, corruption, pauvreté, exclusion. « Derrière les statistiques, il y a des visages », rappelle-t-il, en invitant les dirigeants à écouter réellement leur peuple. Puis il insiste : gouverner, dit-il, c’est « servir avec une conscience intègre », et non dominer. Un discours qui sonne comme un rappel à l’ordre.

En marge de cette visite, la société civile a saisi l’occasion pour hausser le ton. Dans une déclaration rendue publique, plusieurs organisations ont demandé au pape d’intercéder auprès du chef de l’État pour « la remise en liberté de tous les prisonniers politiques ». Une requête forte, portée dans un contexte où la question des libertés reste sensible. Cette prise de parole tranche avec les visites précédentes. Lors de leurs passages, Jean-Paul II et Benoît XVI avaient déjà évoqué la justice, la paix ou la réconciliation. Mais leurs messages sont restés plus mesurés, souvent enveloppés de formules diplomatiques. Cette fois, le ton change. Plus direct, plus frontal, presque dérangeant.

Sur le terrain, les fidèles oscillent entre ferveur et réflexion. À Douala comme à Bamenda, des milliers de personnes se sont rassemblées, priant pour la paix et espérant un changement concret. « Il a parlé comme un père, mais aussi comme quelqu’un qui voit nos souffrances », confie un fidèle à la sortie de la messe. Pour lui, le pape trace une ligne simple : pas de paix sans justice, pas de stabilité sans respect des droits. Et au pape de renchérir : « Une paix authentique naît lorsque chacun se sent protégé, écouté et respecté ». Reste désormais une question, suspendue dans l’air après son départ : ces paroles, aussi fortes soient-elles, seront-elles entendues au sommet de l’État ? Au Cameroun, beaucoup veulent y croire.

Hélène Tientcheu

 

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