Visite papale: Le pape plaide pour les prisonniers politiques

Dans une déclaration rendue publique récemment, la société civile appelle le souverain pontife à intervenir auprès de Paul Biya pour obtenir la libération des détenus issus des crises électorales.

Au moment où le pape Léon XIV foule le sol camerounais, une voix s’élève avec insistance : celle de la société civile. Dans une déclaration rendue publique à Yaoundé, plusieurs organisations demandent au souverain pontife « d’intercéder auprès du président de la République en vue de la remise en liberté de tous les prisonniers politiques ». Une requête directe, portée au cœur même d’une visite très suivie du 15 au 18 avril 2026. Car derrière les messes célébrées à Bamenda, Douala et Yaoundé, un autre sujet s’impose. Selon les organisations signataires, des milliers de Camerounais seraient encore détenus à la suite des crises post-électorales de 2018 et de 2025. « Arrêtés, détenus au secret, torturés, puis emprisonnés depuis au moins cinq mois », dénoncent-elles, évoquant une situation qui « impacte gravement le quotidien des Camerounais ».

Les chiffres avancés donnent le vertige. Plus de 3 000 arrestations recensées depuis 2018, dont une grande partie toujours en détention. Parmi eux, des figures politiques comme Olivier Bibou Nissack ou Alain Fogue Tedom, mais aussi des citoyens anonymes, souvent jeunes, arrêtés « sans mandat » ou « au faciès ». « Des personnes ont été enlevées à leur domicile ou interpellées dans la rue, sans pouvoir prévenir leurs proches », précise la déclaration. Dans ce contexte, la visite du pape prend une dimension particulière. À Yaoundé, devant les autorités, Léon XIV rappelle que « la dignité de toute personne humaine » doit être au cœur de l’action publique. Puis il insiste : « La sécurité est une priorité, mais elle doit toujours s’exercer dans le respect des droits de l’homme ». Un message qui résonne fortement au regard des revendications en cours.

À Bamenda, région marquée par des années de tensions, le pape évoque « des familles brisées » et appelle à « reconstruire maintenant ». À Douala, face à une foule rassemblée au stade de Japoma, il lance encore : « Il y a du pain pour tous s’il est donné à tous ». Des paroles simples, mais qui, pour beaucoup, traduisent une attente plus large : celle de justice et d’équité. La société civile, elle, va plus loin. Elle décrit des conditions de détention difficiles : « gardes à vue prolongées », « mauvais traitements », « absence d’accès à un avocat ». Elle dénonce aussi des poursuites jugées abusives et le recours à des juridictions militaires pour juger des civils. « Une violation manifeste des principes du procès équitable », affirment les signataires.

Dès lors, l’appel adressé au pape prend tout son sens. « Il ne s’agit pas de condamner, mais d’éviter l’irréparable », écrivent-ils, tout en rappelant que « la dignité humaine n’est pas négociable ». Pour eux, une libération des détenus serait un premier pas pour apaiser un pays « profondément meurtri et divisé ». Face à cette pression, le rôle du pape apparaît délicat. Chef religieux, mais aussi voix morale écoutée au-delà des croyants, Léon XIV est attendu sur un terrain sensible. D’autant que le Cameroun entretient une relation ancienne avec le Vatican, marquée par les visites de Jean-Paul II et Benoît XVI, souvent plus mesurées dans leurs prises de parole. Reste désormais à savoir si cette interpellation trouvera un écho. Dans les rues de Douala comme de Yaoundé, certains espèrent déjà. « Le pape peut parler là où nous n’avons plus de voix », glisse un militant. Une attente forte, à la hauteur d’un pays en quête d’apaisement.

Hélène Tientcheu

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