Russie-Afrique: L’amitié avec Moscou en débat
Le 28 octobre 2026, alors que le Cameroun participe au troisième Sommet Russie-Afrique à Moscou pour consolider ses relations avec la Russie, un collectif de familles mobilise à Yaoundé pour dénoncer les enrôlements de compatriotes dans l’armée russe et réclamer le retour des disparus et des dépouilles.
À Moscou, les délégations africaines et russes ont affiché leur volonté de consolider leurs relations. À Yaoundé, des familles réclamaient le retour de leurs fils, de leurs frères et de leurs époux. Deux scènes, le même 28 octobre 2026, qui donnent à la coopération entre le Cameroun et la Russie une résonance particulière. Représentant personnel du président Paul Biya, le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a participé aux travaux du troisième Sommet Russie-Afrique, coprésidé par le président russe Vladimir Poutine et son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine. Au menu : l’évaluation des engagements pris lors des précédentes rencontres et la définition de nouvelles perspectives de coopération.
Mais à quelques milliers de kilomètres de la capitale russe, le collectif « Ramenez nos fils et nos frères » a choisi cette journée pour interpeller les autorités camerounaises et russes sur le sort de jeunes compatriotes recrutés, selon leurs familles, sous de fausses promesses d’emploi. Cette mobilisation intervient dans un contexte où Yaoundé et Moscou entretiennent des relations diplomatiques anciennes, établies en 1962. Les deux pays ont progressivement élargi leur coopération à l’éducation, à la sécurité, à l’agriculture, à l’énergie et à la santé. En avril 2022, ils ont également signé un accord de coopération militaire, dont la ratification a été autorisée par une loi camerounaise en décembre 2023.
Pour autant, les liens entre les deux capitales ne sont pas exempts de tensions. Le 7 avril 2026, le ministre des Relations extérieures avait convoqué l’ambassadeur russe au Cameroun, Georgy Todoua, pour évoquer la situation des Camerounais enrôlés dans l’armée russe. Le Minrex avait alors exprimé la « vive préoccupation » du gouvernement camerounais et des familles concernées. Six mois plus tard, les proches des victimes réclament toujours des réponses concrètes.
Des promesses d’emploi, puis le front
« Il y a des réseaux clandestins qui recrutent ces jeunes aux yeux de tout le monde. Ils font leur sale besogne librement », dénonce Paul Silver Yede, porte-parole et cofondateur du collectif. « Que l’État camerounais et l’État russe agissent pour mettre fin à ce fléau». Derrière cette interpellation, des trajectoires individuelles se ressemblent. Des Camerounais seraient partis en Russie avec l’espoir d’un emploi civil avant de se retrouver dans des camps militaires, puis sur le front de la guerre contre l’Ukraine.
Olive Tueche Fambie recherche son compagnon, Michel Donald Djokwe, maçon de profession, parti le 2 mai 2025. Selon son témoignage, il pensait travailler dans le bâtiment. Après son arrivée, il aurait été orienté vers le ministère russe de la Défense pour signer un contrat. Ses documents auraient ensuite été confisqués. Le 18 juillet 2025, date de leur dernier échange, il lui aurait confié qu’il était conduit vers un camp militaire. Elle affirme avoir appris sa mort en décembre de la même année, sans jamais avoir récupéré son corps. « On a enterré un cercueil vide, mais je veux le corps de mon mari pour l’enterrer dignement », implore-t-elle.
Même attente chez Ngong Sandjoumbi, dont le fils Mbondjock Sami, âgé de 20 ans, aurait été tué dans un bombardement. « Si mon fils est mort, donnez-moi son corps. C’est tout ce que je demande », lance le père, en larmes. Pour d’autres familles, l’incertitude est encore entière. Gali Catherine, épouse de Njok Pierre et mère de cinq enfants, est sans nouvelles de son mari depuis février 2026. Elle affirme que celui-ci lui avait décrit les dangers du front et l’exposition des soldats africains aux mines. Pour les familles, l’amitié entre Yaoundé et Moscou ne sera pleinement crédible que lorsqu’elle permettra de retrouver les disparus, de rapatrier les dépouilles et de démanteler les réseaux de recrutement.
H.T

