Assemblée nationale: Cavaye Yeguié limogé après une présidence de 34 ans
Ce 17 mars 2026, le député Théodore Datouo a été élu président de l’Assemblée nationale.
Jusqu’ici vice-président de la Chambre basse du parlement, Théodore Datouo, âgé de 66 ans, originaire de Bangou dans la région de l’Ouest, n’était pas forcément attendu à ce niveau. Mais en quelques heures, le rapport de force s’est inversé.
« Le parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) a choisi d’insuffler un nouveau souffle à l’Assemblée », confie une source interne. À l’hémicycle « Paul Biya » de Yaoundé, l’élection du nouveau bureau a acté ce basculement. Au-delà du perchoir, les lignes ont bougé. L’honorable Kamsouloum accède au poste de vice-président, tandis que Salomon Douvogo devient questeur.
En effet, le départ de Cavaye Yeguié Djibril sonne comme un tournant. En poste depuis 1992, l’homme incarne une stabilité presque immuable, consolidée au fil des années par les équilibres politiques du pays. Réélu encore en 2024 pour la 32e fois consécutive, il semble indéboulonnable. Pourtant, ces derniers mois, les signaux d’essoufflement se sont multipliés. Entre absences remarquées lors des cérémonies officielles et apparitions publiques jugées fragiles, les interrogations ont gagné les observateurs. « Il y avait comme un vide qui s’installait au sommet », analyse un analyste politique.
Un épisode a particulièrement marqué les esprits. Le 6 novembre 2025, lors de la prestation de serment du président de la République, Cavaye Yeguié Djibril a remis un stylo symbolique à Paul Biya, l’invitant à s’en servir pour nommer un nouveau gouvernement. Un geste fort, interprété par certains comme un signal politique, voire un aveu de passage de témoin imminent. Dans ce contexte, l’arrivée de Théodore Datouo apparaît comme une transition maîtrisée plutôt qu’une rupture brutale.
Député et opérateur économique, ce fidèle du système connaît bien les rouages de l’institution. Il a notamment supervisé les travaux du nouveau siège de l’Assemblée nationale, symbole du renouveau architectural du pouvoir législatif. « Je mesure la responsabilité qui m’incombe », aurait-il déclaré en marge de son élection, promettant de « poursuivre le travail dans l’intérêt des Camerounais ».
Mais au-delà du changement d’homme, c’est toute une dynamique qui semble s’amorcer. Car si Cavaye Yeguié Djibril représentait une certaine continuité, Théodore Datouo incarne, lui, une nouvelle génération au sein du même appareil politique. Sa proximité avec son prédécesseur pourrait faciliter la transition, tout en rassurant les équilibres internes. Reste que cette décision du Rdpc pourrait annoncer d’autres mouvements au sommet de l’État. Déjà, certains observateurs évoquent un possible effet domino dans les grandes institutions. « Ce qui vient de se passer n’est sans doute qu’un début », glisse un cadre du parti.
Ainsi, derrière ce changement au perchoir, c’est bien une recomposition plus large qui pourrait être en marche. Et dans ce jeu d’équilibre, Théodore Datouo devra rapidement trouver sa place, entre héritage et attentes de renouveau.

