Alexis Dipanda Mouelle: Entre rigueur judiciaire et destin national
Figure majeure de la magistrature nationale, l’ancien Premier président de la Cour suprême s’est éteint le 4 mai 2026 à Douala, à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui l’empreinte d’un serviteur de l’État dont le parcours épouse une grande partie de l’histoire institutionnelle du Cameroun moderne.
Pendant plus de deux décennies, son nom a résonné dans les salles d’audience les plus solennelles du pays. Alexis Dipanda Mouelle aura incarné, à lui seul, une certaine idée de la justice camerounaise : austère, hiérarchisée, profondément institutionnelle. Les obsèques du Premier Président de la Cour Suprême du Cameroun, à la morgue de l’hôpital général de Yaoundé, ce jeudi 25 juin 2026 Le ministre de la Justice, Laurent Esso, est le représentant du président de la République. Ensuite l’arrivée de la dépouille d’Alexis Dipanda Mouelle à la Cour Suprême, pour les hommages judiciaires. Le corps de la dépouille a été accueilli par Marie-Claire Dieudonnée Nseng-Elang, Procureur général près cette institution. << Je l’ai connu au tribunal. J’ai eu l’honneur de représenter très souvent les instructions dans lesquels je travaille. Il était un homme rigoureux, affable, qui aimait son métier. Je pense qu’il m’a marqué par sa rigueur et par l’amour de son métier>>, décrit Grégoire Owona, ministre du travail et de la sécurité sociale.
Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki, dans l’actuelle région du Littoral, le magistrat appartient à cette génération de juristes formés dans les premières années de l’indépendance. Après l’obtention de son baccalauréat en 1959, il intègre l’Université fédérale du Cameroun, où il fait partie de la toute première promotion de la faculté de droit. Il poursuit ensuite ses études à l’Université de Paris, d’où il revient nanti d’un diplôme d’études supérieures et d’un diplôme d’études approfondies en droit judiciaire.
Admis dans la magistrature en 1965, le jeune juriste gravit méthodiquement les échelons. Président du tribunal de première instance de Foumban, haut responsable au ministère de la Justice, puis magistrat à la Cour suprême, il se forge progressivement une réputation de technicien rigoureux et de fin connaisseur des rouages judiciaires. En mai 1990, il accède au prestigieux poste de Premier président de la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays. Une fonction qu’il occupera jusqu’en décembre 2014, soit près d’un quart de siècle. Sous sa conduite, la Cour suprême traverse plusieurs séquences décisives de la vie politique nationale. Le nom d’Alexis Dipanda Mouelle reste notamment associé à l’élection présidentielle de 1992, première grande consultation pluraliste du Cameroun. En sa qualité de président de la haute juridiction, il proclame les résultats d’un scrutin demeuré, jusqu’à ce jour, l’un des plus contestés de l’histoire politique du pays. Cet épisode contribuera à faire de lui une personnalité aussi influente que controversée.
Mais réduire l’homme à ce seul épisode serait occulter l’étendue de son parcours. Magistrat hors hiérarchie, Alexis Dipanda Mouelle a également représenté le Cameroun sur la scène internationale. Il a notamment présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture et siégé dans plusieurs instances juridiques internationales, contribuant ainsi au rayonnement de l’expertise judiciaire camerounaise. Dans les prétoires, ses collaborateurs se souviennent d’un homme au ton posé, parfois empreint d’un humour discret, mais surtout attaché à la dignité de la fonction judiciaire. Ses prises de parole rappelaient régulièrement la noblesse et la difficulté de la mission du juge, qu’il considérait comme l’un des piliers essentiels de l’État de droit.
Avec la disparition d’Alexis Dipanda Mouelle, le Cameroun perd l’un des derniers grands témoins de la construction de son appareil judiciaire postindépendance. Son héritage, fait de rigueur, de longévité institutionnelle et de fidélité à l’État, continuera d’alimenter les réflexions sur l’évolution de la justice camerounaise.
Diane Kenfack

