Vice-présidence: La pression monte sur Étoudi

Face au risque de luttes de succession au sommet de l’État, une partie de l’opposition camerounaise intensifie ses appels auprès du chef de l’État pour qu’il nomme sans délai le tout premier vice-président de la République.

Au Cameroun, la vacance prolongée du poste de vice-président de la République suscite une inquiétude croissante au sein de la classe politique. Six mois après la révision constitutionnelle ayant instauré ce nouveau poste institutionnel, la pression de l’opposition s’amplifie autour du palais d’Étoudi. À la suite de Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), c’est désormais au tour de Denis Emilien Atangana, leader du Front des démocrates camerounais (FDC), de monter au créneau. Tous deux réclament publiquement au chef de l’État la désignation immédiate de l’autorité appelée à occuper cette fonction névralgique, dans un climat politique dominé par les interrogations sur la transition au sommet du pouvoir.

La dernière prise de parole en date est celle du président du FDC. Dans un message à forte résonance politique publié le 14 octobre 2026 sur les réseaux sociaux, Denis Emilien Atangana a formellement interpellé le président de la République. « Le FDC demande avec insistance au président Biya de procéder à la nomination du vice-président de la République. Notre pays ne mérite pas une guerre de succession inutile », écrit le dirigeant politique. Cette déclaration sans détour illustre la crainte partagée par plusieurs acteurs politiques de voir le pays basculer dans des rivalités destructrices en l’absence d’un dauphin constitutionnellement désigné.

Cette sortie médiatique intervient un mois après l’initiative remarquée du président du PCRN. Le 17 septembre 2026, à travers une vidéo largement relayée, Cabral Libii s’était déjà adressé directement au chef de l’État en ces termes : « Monsieur le Président de la République, nommez votre vice-président ! » Selon le député, cette nomination représente une mesure de prudence institutionnelle indispensable pour la stabilité du pays, la qualifiant d’outil essentiel afin de « sécuriser votre magistère ».

Loin d’en rester là, le leader du PCRN est revenu à la charge le 13 octobre 2026 avec de nouvelles révélations. Il accuse ouvertement certains dignitaires du régime de faire obstruction à la matérialisation de cette décision présidentielle. Selon ses propos, des responsables au sein de l’appareil d’État cherchent activement à « bloquer la nomination d’un vice-président », une manœuvre qu’il associe directement aux batailles de positionnement qui font rage en coulisses parmi les factions du pouvoir central.

Partageant cette même analyse du danger, le président du FDC insiste sur l’urgence d’un arbitrage au sommet de l’État pour conjurer le spectre d’une crise successorale. Denis Emilien Atangana lance un appel solennel aux formations politiques et aux mouvements de la société civile pour faire de cette nomination un enjeu prioritaire du débat public national. « M. Paul Biya, je vous en prie, nommez le vice-président de la République pour nous éviter le pire », écrit-il avec gravité.

Pour appuyer son plaidoyer, le patron du FDC avance également des considérations sur l’état physique du chef de l’État, qu’il dépeint comme « épuisé ». Il convient toutefois de souligner que cette affirmation relève d’une appréciation politique personnelle, sa publication n’apportant aucun élément médical précis permettant de vérifier de telles déclarations.

Evolution notable

Il importe de noter que la position affichée aujourd’hui par Cabral Libii traduit une évolution notable de sa démarche stratégique, sans pour autant constituer un reniement de ses convictions initiales sur la vice-présidence. Lors des débats parlementaires d’avril 2026 consacrés à la réforme constitutionnelle, le PCRN n’avait pas rejeté l’idée d’une vice-présidence en soi, mais contestait fermement les modalités de désignation retenues par le gouvernement.

Devant la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi, le président du PCRN s’était opposé au principe d’une nomination discrétionnaire par le chef de l’État. Il préconisait un modèle démocratique où le président et le vice-président seraient élus de concert sur un même ticket électoral. À défaut d’une élection directe, le député réclamait une validation préalable de cette nomination par le Parlement. Dans le cadre de cette même réforme, le PCRN proposait d’encadrer strictement le pouvoir présidentiel en limitant le mandat à sept ans, renouvelable une seule fois.

L’architecture institutionnelle promulguée par le pouvoir exécutif s’est avérée bien différente des propositions de l’opposition. La loi numéro 2026/002 du 14 avril 2026 fixe un cadre souple et centralisé. Le texte dispose en effet que le président de la République « peut être assisté d’un Vice-Président ». Le chef de l’État dispose du pouvoir exclusif de nommer ce dernier, de déterminer l’étendue de ses attributions et de lui déléguer certaines de ses prérogatives constitutionnelles.

Conséquences juridiques

Les conséquences juridiques de ce nouveau texte deviennent déterminantes en cas de vacance de la présidence de la République. Si un vice-président est officiellement en fonction au moment de la vacance, il investit immédiatement la charge présidentielle pour mener à son terme le mandat en cours. À l’inverse, si le poste n’a pas été pourvu par le président avant son départ ou son empêchement, le mécanisme classique d’intérim s’active. La loi fondamentale prévoit alors l’organisation d’un scrutin présidentiel dans un délai compris entre vingt et cent vingt jours, l’intérim de la présidence étant assuré durant cette période de transition par le président du Sénat.

Sur le plan strictement juridique, la Constitution n’enferme le chef de l’État dans aucun délai contraignant pour procéder à cette nomination. La formulation retenue dans la loi fondamentale, indiquant que le président « peut être assisté », confirme la nature facultative de ce choix. Paul Biya conserve donc l’entière liberté d’activer ou non ce levier constitutionnel selon son propre calendrier. Dans ce contexte d’attentisme institutionnel, les démarches répétées du PCRN et du FDC relèvent avant tout d’une offensive politique visant à contraindre le pouvoir à sortir de sa réserve, plutôt que du constat d’une infraction à la loi fondamentale.

 

OM

 

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