Affaire Zogo: Les révélations d’Effoudou menacent de faire dérailler le procès
En promettant de révéler l’identité du commanditaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, l’ancien patron du renseignement présidentiel injecte une charge explosive dans une procédure judiciaire déjà fragilisée par les tensions politiques.
Pour mesurer la portée des récentes déclarations d’Effoudou Awussy, il convient de rappeler au lecteur l’ampleur du séisme provoqué par l’affaire Martinez Zogo. En janvier 2023, le célèbre présentateur de l’émission Embouteillages sur Amplitude FM était brutalement enlevé en pleine rue à Yaoundé, avant que son corps mutilé et supplicié ne soit découvert quelques jours plus tard en banlieue. L’enquête avait rapidement conduit à l’arrestation d’agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, donnant lieu à un procès retentissant devant le tribunal militaire. Cependant, cette procédure sous haute tension reste suspendue à la quête du commanditaire suprême, sur fond de batailles d’influence et de blocages politiques.
C’est dans ce contexte judiciaire inflammable que la prise de parole du capitaine Donald Effoudou Awussy Kenneth lors de son passage le 24 juillet dans l’émission Master Class de Morgan Palmer prend une tournure explosive. L’ancien patron du renseignement à l’État-major particulier de la Présidence a promis de publier très prochainement des révélations fracassantes sur l’assassinat. En affirmant détenir l’identité exacte du commanditaire de ce crime ainsi que des preuves matérielles d’implications au sommet de l’État, l’officier exilé menace directement l’équilibre du dossier.
Cette annonce pose une menace majeure sur le calendrier et la sérénité de la justice militaire. Jusqu’à présent, l’instruction s’était efforcée de maintenir les débats dans un cadre strictement délimité, ciblant les exécutants opérationnels des services secrets et leurs relais financiers présumés. L’irruption médiatique inattendue d’un ancien ponte des services secrets de la Présidence, prétendant détenir la preuve d’implications au niveau du Secrétariat Général de la présidence de la République, vient faire voler en éclats le scénario d’un procès maîtrisé. Si Effoudou venait à produire ses documents, l’acte d’accusation actuel perdrait sa cohérence, plaçant les juges face à une impasse.
Les déclarations du capitaine mettent la justice camerounaise face à un dilemme paralysant. Ignorer les allégations d’un haut gradé ayant occupé un poste aussi stratégique décrédibiliserait définitivement le verdict à venir aux yeux de l’opinion publique. La réaction rapide de la Chambre nationale des experts criminels du Cameroun, annonçant des investigations sur ses propos, traduit la fébrilité générale. En connectant le meurtre de Martinez Zogo aux luttes de pouvoir d’Etoudi, au trafic de drogue et à la protection d’individus lourdement armés, Effoudou transforme un procès pour assassinat en un réquisitoire sur la faillite de l’État, menaçant de faire dérailler un procès d’État historique.
O.M.

