Lutte contre Boko Haram: Washington rouvre l’option d’un appui militaire

Reçu le 7 mai à Yaoundé par Paul Biya, le général John Brennan (AFRICOM) a remis au centre des échanges l’hypothèse d’un retour d’appui militaire américain pour contenir Boko Haram dans l’Extrême-Nord.

Sans annoncer de nouveau déploiement, le commandement américain John Brennan (AFRICOM) a  mai dernier à Yaoundé, au cours d’un entretien avec Paul Biya, qu’un appui technologique et de renseignement pourrait être renforcé dans le bassin du lac Tchad, où l’insurrection de Boko Haram continue de frapper par vagues. Un retour qui rappellerait la mission « Talon » (2015-2019) depuis Garoua, mais qui se heurterait aussi aux exigences de Washington en matière de droits humains, dans une région où les attaques ont déjà coûté des centaines de vies civiles.

Dans une communication succincte, l’United States Africa Command (AFRICOM) affirme que l’échange a porté à la fois sur la sécurité maritime et sur la manière dont des moyens américains pourraient, le cas échéant, appuyer la lutte contre Boko Haram. Le commandement évoque l’« intégration de capacités uniques » aux opérations en cours, sans préciser ni leur nature (renseignement, surveillance, appui logistique, etc.), ni le périmètre d’un éventuel dispositif.

À ce stade, aucune annonce publique ne fait état d’un retour de troupes américaines sur le sol camerounais. Mais, à Yaoundé comme à Washington, le choix des mots est scruté : la référence à des « capacités uniques » alimente l’hypothèse d’un appui technique accru — voire d’un accompagnement opérationnel — dans les zones frontalières du Nord et de l’Extrême-Nord, où les forces camerounaises affrontent depuis plus de dix ans l’insurrection.

L’hypothèse d’un retour américain renvoie à un précédent encore récent. À partir d’octobre 2015, les États-Unis avaient déployé un contingent annoncé à « un peu plus de 200 » militaires à proximité de la base aérienne de Garoua (Nord), dans le cadre de la mission « Talon ». La présence, présentée comme temporaire, était surtout destinée à fournir des capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance afin de soutenir les opérations régionales contre Boko Haram.

Le retrait de 2019, sur fond de controverses

Le désengagement amorcé en 2019 s’était opéré dans un climat plus sensible. L’administration américaine avait alors justifié sa décision par des préoccupations liées à des allégations de violations des droits humains visant certaines unités camerounaises, au moment où l’assistance sécuritaire de Washington faisait l’objet d’un examen plus strict.

Les bilans globaux varient selon les sources et les périodes, dans une zone où de nombreuses attaques sont difficiles à documenter. Sur une seule année, d’après Amnesty International, Boko Haram a mené au moins 200 attaques dans l’Extrême-Nord entre juillet 2015 et juillet 2016, faisant au moins 480 morts parmi les civils. Plus récemment, Human Rights Watch a recensé au moins 80 civils tués lors d’attaques depuis la mi-décembre 2020, signe d’une menace qui, malgré les reculs du groupe, demeure active et opportuniste.

Créé en 2007, l’AFRICOM est le commandement militaire américain chargé des opérations sur le continent. Dans le bassin du lac Tchad — espace transfrontalier entre le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger — les États-Unis disent soutenir, depuis plusieurs années, les armées partenaires via des appuis de formation, de logistique et de renseignement, dans un environnement où s’entremêlent terrorisme, criminalités transfrontalières et pression humanitaire.

Sur le terrain, Boko Haram — et, plus largement, les factions qui opèrent autour de la frontière nigériane — conserve une capacité de nuisance. Les incursions, les enlèvements et les attaques contre des positions des forces de défense, comme contre des villages, continuent d’être signalés par les acteurs humanitaires et les organisations de défense des droits, même si l’intensité des combats fluctue selon les saisons et la pression militaire.

Une séquence diplomatique à suivre

L’audience du 7 mai s’inscrit dans une séquence d’échanges réguliers entre Yaoundé et Washington sur les enjeux de sécurité. Le 19 septembre 2025, Paul Biya avait déjà reçu le général Dagvin Anderson, alors commandant de l’AFRICOM, et la présidence camerounaise avait dit vouloir renforcer la coopération avec les forces de défense et de sécurité face au terrorisme. Reste, désormais, à savoir si les signaux envoyés côté américain déboucheront sur une annonce formelle — et, surtout, sur un format de soutien compatible avec les exigences opérationnelles et les contraintes politiques des deux partenaires.

Maixent Fegue

 

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