Transport aérien: Camair-Co en zone de turbulence quasi permanente

Suite aux multiples retards et annulations de vols enregistrés par la compagnie aérienne nationale, plusieurs voix s’élèvent sur les réseaux sociaux pour dénoncer la qualité des services rendus par la compagnie aérienne camerounaise.

« Si ça ne marche plus, fermez, mais cessez de nous maltraiter. » S’écrie ainsi l’artiste camerounaise Kareyce Fotso, furieuse. En effet, selon les informations relayées sur ses différentes plateformes numériques, un vol Yaoundé-Maroua opéré par la Camair-Co aurait failli tourner au drame le 18 juillet dernier. Ce qui a suscité l’indignation de plusieurs Camerounais qui témoignent d’un mauvais système de gestion de ladite compagnie aérienne. « Je ne suis pas surpris de toutes ces remarques faites par l’artiste, le système de fonctionnement à la Camair-Co est de plus en plus défaillant », témoigne Gabriel Songa, un autre passager régulier de la compagnie. Au-delà du fait divers, c’est une crise profonde : celle d’une compagnie nationale en chute libre depuis des années, minée par une gestion opaque, une flotte obsolète, et une indifférence quasi institutionnalisée envers ses passagers. Pour ce dernier, quand un avion effectue un demi-tour après décollage, ce n’est jamais anodin.

Par ailleurs, selon un ingénieur aéronautique qui a requis l’anonymat, « ces cris doivent résonner. Non pas pour être plaints, mais pour être entendus ». Créée en 2006 pour remplacer Air Cameroun, Camair-Co avait pour ambition de devenir un fleuron de l’aviation en Afrique centrale. Mais près de deux décennies plus tard, le constat est accablant. Une flotte réduite et vieillissante, avec parfois un ou deux avions seulement opérationnels. Une gestion budgétaire chaotique avec plus de 100 milliards de FCFA de dettes accumulées. Des retards et annulations chroniques, souvent sans explication. Une communication opaque et méprisante envers les usagers. Or, ce refus de transparence alimente la suspicion. On se rappelle qu’en 2020 déjà, un audit du cabinet américain Boeing Consulting recommandait une restructuration complète de l’entreprise. Depuis, aucune réforme majeure n’a vu le jour. Les directions s’enchaînent, les scandales aussi, mais la situation ne fait qu’empirer.

Le fait que Camair-Co ait nié en bloc dans un premier temps, sans apporter la moindre donnée technique ni transparence, constitue un problème majeur selon les experts qui reconnaissent une défaillance dans le système de gestion de la compagnie nationale « qui saute à l’œil nu ». Ils précisent cependant que la sécurité aérienne repose autant sur les procédures que sur la confiance. « Quand une compagnie nationale cache les faits au lieu de les expliquer, elle se rend coupable d’une chose bien plus grave qu’un incident technique », affirme-t-il. Pour d’autres, le silence de Camair-Co n’est pas seulement celui d’une entreprise en crise. Il est aussi celui de l’État. Car cette compagnie engage la responsabilité du gouvernement camerounais. Chaque incident, chaque vol annulé, chaque passager abandonné dans un hall d’aéroport, est une illustration du mépris institutionnalisé envers les citoyens. Pour les Camerounais, face à l’ampleur de la dégradation, deux voies se dessinent : réformer en profondeur ou fermer définitivement.

Réagissant à ces plaintes qui envahissent la toile, Camair-Co présente ses excuses après des perturbations causées par des collisions aviaires.   Dans ce communiqué daté du 7 août 2025, la direction générale indique que la compagnie aérienne nationale poursuit activement, sous le haut encadrement du gouvernement, l’implémentation des dispositions visant son développement, notamment le renforcement de sa flotte afin de garantir la mobilité des populations et des biens dans les meilleures conditions de sécurité et de confort sur l’ensemble de son réseau. Une occasion d’implémenter une révision complète de la gouvernance, fondée sur des critères de compétence et non d’allégeance politique. Des investissements massifs dans la flotte et la maintenance. Une culture de la transparence dans la gestion des incidents. Un respect strict des droits des passagers (indemnisation, prise en charge, communication en temps réel).

    Charles Totchum

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