Pré-campagne: Tchiroma fait du porte-à-porte dans le Nord

Le candidat du Fsnc, mène une « campagne » de proximité et de reconquête symbolique à Garoua pour s’imposer comme un acteur clé de l’alternance politique.

À Garoua, le 15 août dernier, Issa Tchiroma Bakary a lancé une opération politique aussi stratégique que symbolique. Le candidat du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), officiellement maintenu dans la course par le Conseil constitutionnel malgré un recours interne, a multiplié les rencontres pour rallier le Nord à sa vision du Cameroun de demain. Loin des estrades classiques, il a arpenté les rues, dialogué avec commerçants, habitants et chefs communautaires, misant sur la proximité pour remobiliser sa base.

Plus qu’une simple étape de campagne, ce retour aux sources sonne comme une quête de légitimité. « En choisissant Garoua, Issa Tchiroma Bakary cherche à réaffirmer son ancrage régional pour élargir son audience au niveau national. Dans une région historiquement sensible aux dynamiques identitaires et politiques, ce choix n’est pas anodin. Il s’agit pour l’ancien ministre de l’Emploi de poser les fondations d’une candidature capable de fédérer au-delà des clivages », explique un habitant de cette ville du septentrion.

Cependant, la « campagne » du leader du Fsnc s’appuie sur un triptyque : emploi, développement local et démocratie apaisée. Sur le terrain, il promet des solutions concrètes aux difficultés quotidiennes des populations, tout en appelant à « tourner la page de l’abus, du mépris et de la confiscation du pouvoir ». Ce message, à forte charge politique, cible un électorat en quête de renouveau. Dans ses déclarations publiques, l’ex-ministre ne cache pas son ambition de redéfinir les règles du jeu démocratique. Il défend une culture politique plus mature, où « un président battu félicite son successeur » et où la démocratie « respecte l’adversaire et honore la parole donnée ». Une posture qui contraste avec les pratiques politiques dominantes et qui séduit une partie de l’électorat « désabusé ».

Pour certains hommes politiques, ce positionnement, entre rupture et apaisement, permet à Issa Tchiroma de se différencier dans un paysage électoral figé. Alors que le débat sur l’alternance reste central à l’approche du scrutin du 12 octobre, le candidat du Fsnc se pose en alternative crédible, capable de rompre avec les logiques de confiscation du pouvoir tout en évitant les radicalités. À moins de deux mois du scrutin donc, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique régionale en capital électoral national. Garoua, au-delà de sa dimension symbolique, devient le laboratoire d’un discours de reconquête. Une reconquête qui repose sur la proximité, mais aussi sur un repositionnement politique dans un contexte où les repères traditionnels s’effritent.

Validée par Elecam et confirmée par le Conseil constitutionnel le mois dernier, sa candidature avait été contestée par un comité interne au sein de son propre parti. Ce recours, rejeté par les juges constitutionnels, aurait pu fragiliser sa position. Mais Issa Tchiroma Bakary a transformé cette épreuve en opportunité. Son déplacement à Garoua devient alors une réponse sur le terrain, incarnée et assumée, pour démontrer qu’il reste le véritable leader du Fsnc.

Hélène Tientcheu

 

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