Présidentielle 2025: L’État rouvre les canaux du dialogue avec l’Église catholique
Alors que le pays s’apprête à vivre l’élection présidentielle d’octobre prochain, une rencontre a eu lieu le 13 août dernier entre les évêques catholiques et le Secrétaire Général à la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.
À moins de deux mois de l’élection présidentielle, le Palais de l’Unité a tendu la main à l’Église catholique. Le 13 août 2025, sur instruction du Président Paul Biya, une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc) a été reçue en concertation par le Secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. « Une initiative rare, orchestrée dans un climat politique sous tension, marqué par des prises de position ecclésiastiques inhabituelles », relève un fidèle de la paroisse de PK14, dans le 3e arrondissement de Douala.
Conduits par Mgr Andrew Nkea, Président de la Cenc, « les évêques ont été consultés sur les enjeux de paix, d’unité nationale et de cohésion sociale », renseigne le communiqué du Secrétaire Général de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, Mgr Paul Nyaga, commis à cet effet. Des thématiques cruciales dans une période où les incertitudes politiques s’accumulent. D’entrée de jeu, le ministre d’État a salué l’apport « inestimable » de l’Église dans la construction nationale, avant de recueillir suggestions et avis sur la consolidation du vivre-ensemble.
En effet, cette invitation officielle s’inscrit dans une séquence politique révélatrice : moins d’un mois plus tôt, le nonce apostolique s’est entretenu en tête-à-tête avec le chef de l’État. Et plus récemment encore, le 30 juillet, un événement inattendu est venu bouleverser les lignes : à Bafoussam, Mgr Paul Lontsié-Keune a dénoncé, dans un message sans détour, l’absence d’alternance démocratique dans le pays. Un propos, jugé rare par certains observateurs de la scène politique, dans un paysage ecclésiastique généralement mesuré.
Face à ces signaux, Yaoundé semble vouloir réactiver un canal de dialogue longtemps en sommeil. En réponse, Mgr Nkea a remercié les autorités pour cette ouverture, tout en réaffirmant la position constante de l’Église : « non partisane, mais engagée dans sa mission de justice, de paix et de réconciliation ». Il a rappelé deux documents clés récemment publiés par la Cenc. Il s’agit d’un message sur la situation socio-économique (11 janvier 2025) et d’une lettre pastorale en vue des élections (28 mars 2025) remis séance tenante à la présidence.
Au-delà des déclarations de principe, l’Église catholique souhaite institutionnaliser les échanges avec les pouvoirs publics. « La concertation est un levier indispensable pour servir le bien commun », a plaidé Mgr Nkea devant la presse, à la sortie de l’entretien. Une manière de rappeler que l’Église, tout en restant indépendante, se veut force de proposition dans un contexte où le dialogue devient un enjeu stratégique. Toutefois, de l’avis de certaines organisations de la société civile, cette volonté de rapprochement survient alors que le Cameroun est confronté à de multiples défis : crispation politique, fractures sociales, crise anglophone persistante. « L’Église, implantée au plus près des réalités locales, conserve une capacité d’écoute et de médiation difficilement égalée. Son rôle pourrait s’avérer décisif pour apaiser les tensions, à condition que sa voix soit pleinement entendue et respectée ».
Mais l’équilibre est fragile, pense un membre d’une OSC. « En s’exprimant publiquement, comme l’a fait récemment Mgr Lontsié-Keune, certains prélats franchissent les limites traditionnellement fixées à la neutralité religieuse. En initiant un dialogue officiel, le pouvoir entend peut-être contenir ces prises de parole dissidentes en donnant un cadre plus formel à la coopération ». « Reste à savoir si cette rencontre augure d’une dynamique nouvelle ou s’il ne s’agit que d’un geste tactique à l’approche d’une échéance électorale décisive », poursuit-il. Cependant, pour l’Église, l’objectif est clair : accompagner le peuple sans se substituer à lui, éclairer sans dominer, et rappeler que la paix ne saurait être décrétée, mais construite à travers l’écoute mutuelle et le respect des institutions.
Hélène Tientcheu

