Pénurie d’enseignants: L’Afrique centrale devra en recruter 4,1 millions d’ici 2030
Ce chiffre, dévoilé lors du Forum régional sur la transformation de l’éducation tenu à Douala du 21 au 24 mai dernier, représente 25% des besoins en enseignants pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.
Du 21 au 24 mai 2025, Douala, a accueilli le Forum régional sur la transformation de l’éducation en Afrique centrale, sous le thème « Promouvoir la transformation de l’éducation en Afrique centrale : renforcer le rôle central et catalytique des enseignants et des éducateurs ». Organisé à l’initiative de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la science et la culture (Unesco) et en écho au Sommet mondial sur la transformation de l’éducation tenu en septembre 2022 à New York, ce forum a permis de faire le point sur les engagements pris par les États de la sous-région et d’examiner les réformes engagées.
Selon Laurent Serge Etoundi Ngoa, ministre de l’Éducation de base, « trois ans après le sommet de New York, il est nécessaire de mesurer les avancées en matière d’adaptation des systèmes éducatifs aux défis actuels, notamment ceux exacerbés par la pandémie de Covid-19, en conformité avec l’agenda 2030 ». Le forum a mis un accent particulier sur la nécessité d’un rôle renforcé des enseignants, considérés comme des leviers essentiels et des catalyseurs pour la transformation des systèmes éducatifs. Ainsi, l’Afrique centrale devra recruter et former 4,1 millions d’enseignants supplémentaires d’ici 2030 pour atteindre l’éducation primaire et secondaire universelle.
Ce besoin représente 25 % des besoins totaux en enseignants pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Hilaire Mputu, représentant du Bureau régional de l’Unesco pour l’Afrique centrale, a souligné que les enseignants bien formés garantissent des apprentissages de qualité, inclusifs et pertinents, favorisent des environnements d’apprentissage sûrs et exploitent efficacement les outils numériques. « La digitalisation est un enjeu majeur, car dans un monde de plus en plus numérisé, un enseignant non formé aux nouvelles technologies risque de devenir obsolète ». C’est pourquoi, a-t-il précisé, « les enseignants doivent être au centre de la transformation, capables de répondre aux défis de la qualité, de l’inclusion, et du financement éducatif ».
Adapter les systèmes éducatifs aux défis numériques…
Pour ce faire, les pays d’Afrique centrale ont engagé des réformes prioritaires dans la formation et le perfectionnement professionnel des enseignants. Avec l’appui technique de l’Unesco et le financement du Partenariat Mondial pour l’Éducation (GPE), des analyses et des programmes ont été élaborés pour le Burundi, le Cameroun, le Congo, la RDC et le Tchad. Ces réformes placent les enseignants au cœur des stratégies de transformation, tant pour améliorer la qualité des apprentissages que pour renforcer l’efficience des financements publics.
Cependant, malgré des progrès notables, la région fait face à plusieurs défis persistants. Selon les données de l’Institut de statistique de l’Unesco, la part des enseignants qualifiés a augmenté entre 2015 et 2022 dans certains niveaux d’enseignement, mais reste insuffisante au regard des objectifs fixés à l’horizon 2030. En Afrique subsaharienne, la proportion d’enseignants qualifiés est passée à 71 % en préscolaire et 66 % au secondaire, mais l’ambition est d’atteindre respectivement 84 % et près de 90 % dans ces mêmes niveaux.
Selon les Experts, la pénurie d’enseignants qualifiés demeure une contrainte majeure, notamment en zones rurales, marginalisées ou affectées par des conflits. « Les conditions de travail précaires, le manque d’opportunités de développement professionnel, ainsi que l’absence de leadership et d’autonomie limitent l’efficacité du corps enseignant. L’attrition élevée dans les premières années d’exercice aggrave encore la situation ». Le rapport mondial sur les enseignants 2023 estime qu’en Afrique subsaharienne, 15 millions d’enseignants supplémentaires seront nécessaires pour atteindre les objectifs d’éducation universelle.
Le Forum de Douala a donc permis de partager des bonnes pratiques, d’élaborer des recommandations politiques et de proposer un mécanisme régional de coopération. L’accent a été mis sur la nécessité d’un engagement collectif pour améliorer le recrutement, la formation initiale et continue, ainsi que la rétention des enseignants. Les participants ont également travaillé à l’élaboration d’une feuille de route régionale pour accélérer les progrès vers l’Objectif de Développement Durable N°4 (éducation de qualité), avec un focus particulier sur le rôle catalytique des enseignants dans la transformation éducative.
Hélène Tientcheu

