Modernisation Énergétique: L’État prépare la fin des délestages chroniques
Face à l’explosion de la demande énergétique annuelle et aux exigences de l’industrialisation, le Ministère de l’Eau et de l’Energie déploie de nouvelles infrastructures de pilotages via le projet PRSEC-PforR, dans le but d’offrir une électricité stable aux ménages et entreprises de Kribi et Douala.
Une révolution silencieuse s’opère dans les coulisses du réseau électrique camerounais et loin des grands barrages hydroélectriques qui captivent habituellement l’attention médiatique, des infrastructures critiques sortent de terre. C’est à travers le Programme de Réforme du Secteur de l’Électricité (PRSEC-PforR), que le Ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE), mène une offensive de modernisation d’envergure. Le projet actuel repose sur la construction de bâtiments de commande de dernière génération au cœur des postes sources stratégiques du pays à Kribi, Dibamba, et Nylon. Ces localités matérialisent la transition technologique d’un réseau en quête de stabilité absolue. Derrière ces murs de béton s’articule l’avenir économique d’une nation en pleine croissance et pour le citoyen lambda, le réseau électrique se résume aux pylônes et câbles aériens, pourtant, l’intelligence du système réside dans ses centres de commande.
L’initiative actuelle du MINEE vise à corriger des décennies de vulnérabilité technique en dotant le Cameroun d’outils de pilotage modernes, capables de répondre instantanément aux fluctuations de la demande. C’est pourquoi, dans la nomenclature électrique, un poste source sert de nœud d’interconnexion entre les lignes de haute tension et les réseaux de distribution locale. C’est à ce niveau que l’énergie est abaissée pour devenir utilisable par des industries et les ménages, alors que le bâtiment de commande en est le véritable cerveau sans lequel, le pilotage se ferait à l’aveugle. Ainsi, les chantiers en cours consistent à bâtir des complexes hautement sécurisés, capables d’abriter des technologies de pointe indispensables à la gestion des flux. Ces bâtiments vont abriter des systèmes de supervision numérique, des terminaux de commande à distance et des dispositifs de protection ultra-sensibles. Ils vont intégrer des équipements de communication technique permettant un échange d’informations en temps réel entre les différentes stations et le dispatching central.
Kribi et Dibamba comme poumons industriels sous haute protection
Le choix des sites d’implantation ne doit rien au hasard, puisque les priorités cartographiques du PRSEC-PforR épousent fidèlement les contours des grands projets structurants du Cameroun. À Kribi par exemple, l’extension fulgurante de la zone industrialo-portuaire crée un besoin énergétique titanesque, suite à la présence du Port en eau profonde, des usines de transformation et les complexes logistiques qui exigent une alimentation électrique d’une régularité absolue dont une seule microcoupure peut paralyser des lignes de production lourdes et causer des pertes financières colossales aux investisseurs. De ce fait, ce nouveau bâtiment de commande du poste source de Kribi vient sécuriser ces investissements stratégiques, garantissant une flexibilité d’alimentation en gérant l’apport combiné des différentes sources d’énergie locales. Le même constat prévaut à la Dibamba, véritable carrefour énergétique de la région du Littoral, où la stabilité du réseau conditionne l’approvisionnement des industries de la capitale économique.
Au-delà de sa dimension technique, le projet porté par le MINEE via le PRSEC-PforR s’inscrit dans une vision politique à long terme où le Cameroun ambitionne de devenir un hub énergétique en Afrique Centrale, avec des perspectives d’exportation d’électricité vers les pays voisins comme le Tchad. La construction de ces bâtiments de commande marque une rupture avec les méthodes de gestion analogiques du passé, affichant la volonté des pouvoirs publics de bâtir un service public de l’énergie performant, capable de soutenir la croissance industrielle et d’améliorer le quotidien des Camerounais. Toutefois, les chantiers avancent à un rythme soutenu, dessinant progressivement les contours d’un Cameroun résolument tourné vers l’émergence technologique et l’autonomie énergétique.
Arnaud Joseph Etoundi

