Lutte contre le tabagisme: Le gouvernement mise sur la hausse des taxes

Du 22 au 24 juillet 2026 à Mbankomo, les acteurs de la lutte antitabac ont établi, grâce aux simulations de l’outil TaxSim de l’OMS, qu’une hausse progressive des taxes sur les cigarettes pourrait entraîner une baisse significative du nombre de consommateurs au Cameroun.

Chaque cigarette plus chère pourrait être une cigarette de moins consommée. C’est l’un des principaux enseignements des travaux menés du 22 au 24 juillet 2026 à MBankomo, dans le Mfou-et-Akono où des experts nationaux et internationaux ont évalué l’impact potentiel d’une augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac au Cameroun.

Les projections issues de l’outil TaxSim de l’OMS sont sans équivoque : une hausse des taxes pourrait contribuer à réduire le nombre de fumeurs, particulièrement en freinant l’entrée des jeunes dans la consommation. Selon les simulations présentées au cours de cette session technique, le passage de la taxe spécifique sur les cigarettes de 5 000 FCFA à 10 000 FCFA pour mille tiges à partir de 2027 permettrait de faire progresser la charge fiscale globale sur le tabac de 40% à 52%. Cette évolution aurait un effet direct sur la consommation, avec une baisse estimée à environ 47 000 fumeurs dès la première année.

La tendance serait encore plus marquée avec une augmentation plus importante de la fiscalité. Si la taxe spécifique atteignait 15 000 FCFA pour mille tiges en 2028, la charge fiscale pourrait grimper jusqu’à 65%. Cette mesure pourrait alors contribuer à réduire le nombre de consommateurs de près de 65 000 personnes supplémentaires, selon les projections réalisées à partir du modèle de simulation.

Ces résultats confortent l’idée défendue par les acteurs de la lutte antitabac : le prix demeure un outil efficace pour limiter l’accessibilité des produits du tabac. En augmentant le coût des cigarettes, la politique fiscale agit particulièrement sur les consommateurs occasionnels, mais aussi sur les jeunes, souvent plus sensibles aux variations de prix et plus exposés au risque d’une première consommation.

Au Cameroun, la fiscalité appliquée aux produits contenant de la nicotine reste toutefois en dessous des standards internationaux. L’ensemble des taxes existantes, notamment le droit d’accise, la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), la vignette et le prélèvement spécifique de 5 000 FCFA pour mille tiges, représente actuellement environ 38,4% du prix des cigarettes. Un niveau encore éloigné de la recommandation de l’OMS, qui préconise une taxation représentant au moins 70% du prix de vente au détail.

Au-delà des chiffres, les discussions ont porté sur la nécessité d’adopter une politique fiscale cohérente, applicable aussi bien aux cigarettes produites localement qu’aux produits importés. Une taxation uniforme figure parmi les bonnes pratiques internationales recommandées pour éviter les distorsions du marché et renforcer l’efficacité des mesures de contrôle.

L’objectif poursuivi par cette réforme envisagée pour 2027 et 2028 dépasse la seule réduction de la consommation. Les recettes supplémentaires générées pourraient soutenir les actions de prévention, le dépistage et la prise en charge des maladies non transmissibles, notamment dans le cadre de la Couverture Santé Universelle (CSU).

Alors que de nouveaux produits nicotiniques, notamment les cigarettes électroniques et autres dispositifs attractifs pour les jeunes, gagnent progressivement du terrain, les autorités entendent également anticiper l’évolution du marché. Les prochaines réflexions devraient ainsi intégrer ces nouvelles formes de consommation afin d’adapter la réponse fiscale et sanitaire.

Julien Efila

 

 

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