Crise post-électorale: Le Rhedac saisie la Commission africaine
Devant la Commission africaine des droits de l’homme le 11 mai 2026, des ONG d’Afrique centrale ont dressé un tableau sombre du Cameroun post-électoral.
La 87e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp), ouverte le 11 mai à Banjul en Gambie, s’est transformée en tribune d’alerte pour plusieurs organisations de défense des droits humains. Au centre des préoccupations : le Cameroun, cité à plusieurs reprises pour des arrestations arbitraires, des violences post-électorales et des réformes jugées inquiétantes pour la démocratie.
Dans une déclaration publique particulièrement sévère, le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) a dénoncé « la restriction continue de l’espace civique » dans plusieurs pays de la sous-région. Mais c’est la situation camerounaise qui a retenu l’attention par l’ampleur des accusations portées devant les commissaires africains. Le Redhac évoque « au moins 2000 arrestations et détentions arbitraires » après la crise post-électorale d’octobre 2025. L’organisation parle également de « dizaines de morts », de destructions de biens publics et privés ainsi que de conditions de détention jugées alarmantes, notamment pour les prisonniers politiques et les détenus liés à la crise anglophone.
Deux noms reviennent avec insistance dans les interventions des organisations : celui d’Anicet Ekane, leader politique arrêté pendant la présidentielle de 2025 et décédé en détention, et celui de Patrick Ndango, présenté comme un détenu lié au conflit anglophone, mort lui aussi dans des « conditions inhumaines et dégradantes ». « Les jeunes filles et les femmes défenseures paient le lourd tribut », a déclaré la présidente du Redhac, Maximilienne Ngo Mbe, devant les commissaires africains. Elle a également dénoncé les campagnes de harcèlement, les intimidations et la surveillance visant les militants et organisations de la société civile.
Quelques heures plus tard, l’ONG Un Monde Avenir a enfoncé le clou avec une communication détaillée sur « la dégradation continue de l’état des droits et la violation des principes démocratiques » au Cameroun. L’organisation affirme avoir documenté au moins quarante exécutions sommaires entre octobre et novembre 2025. Elle cite notamment le cas de Simo Fokam Achille, tué à Douala alors qu’il se trouvait, selon l’ONG, loin des manifestations. Sa dépouille aurait été retenue pendant cinq mois avant d’être remise à la famille.
Le climat politique inquiète
Le récit de certaines victimes donne une dimension plus concrète à cette crise. Philippe Nanga, le Coordonnateur de Un Monde Avenir évoque par exemple le cas de Junior, un jeune homme touché par balle à la poitrine alors qu’il se trouvait « au premier niveau de son immeuble », loin des rassemblements de rue. Les ONG dénoncent aussi un usage excessif de la force par les éléments de sécurité après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Plusieurs centaines de civils auraient été blessés dans différentes villes du pays.
Au-delà des violences, c’est aussi le climat politique qui inquiète les organisations présentes à Banjul. Un Monde Avenir critique vivement les réformes institutionnelles adoptées ces derniers mois. L’ONG pointe notamment la prorogation du mandat des députés ainsi que les modifications constitutionnelles et électorales promulguées en avril 2026. Selon l’organisation, ces changements « violent le droit des citoyens de choisir de manière périodique leurs dirigeants ». Elle accuse également les autorités d’ouvrir « la possibilité à une personne nommée d’assurer la plus haute fonction du pays ».
Le dossier des défenseurs des droits humains a également occupé une place importante dans les débats. L’ONG rapporte que plusieurs militants feraient l’objet de menaces et de filatures. Elle cite le cas de cinq observateurs électoraux interpellés à Ngaoundéré puis gardés à vue au-delà des délais légaux. Leur superviseur, venu demander leur libération, aurait lui-même passé 28 jours en détention. Face à cette accumulation de dénonciations, les organisations demandent à la Commission africaine de renforcer sa surveillance sur l’Afrique centrale. Elles réclament aussi des enquêtes indépendantes sur les violences post-électorales et la libération des prisonniers d’opinion.
Hélène Tientcheu

