Crise de l’emploi des jeunes: Quel impact politique à l’approche des élections au Cameroun ?
À mesure que se rapprochent les prochaines échéances électorales, la question de l’emploi des jeunes s’impose comme l’un des sujets les plus sensibles du débat public. Dans un pays où la jeunesse représente une part importante de la population, les difficultés d’insertion professionnelle alimentent frustrations, désillusion sociale et méfiance croissante envers les discours politiques.
Dans les grandes villes comme Douala ou Yaoundé, les diplômés se multiplient chaque année sur le marché du travail sans parvenir à obtenir un emploi stable. Beaucoup enchaînent des petits métiers précaires dans le commerce informel, la livraison ou les services occasionnels. D’autres choisissent l’émigration clandestine ou nourrissent le rêve d’un départ vers l’Europe, le Canada ou les États-Unis. Selon plusieurs observateurs économiques, le décalage entre les formations académiques et les besoins réels du marché du travail demeure l’un des principaux obstacles. Les entreprises dénoncent souvent le manque d’expérience professionnelle des jeunes diplômés, tandis que ces derniers accusent les recruteurs de favoritisme, de corruption ou d’exigences irréalistes.
Face à cette situation, les pouvoirs publics multiplient les annonces. Programmes d’insertion professionnelle, financement des jeunes entrepreneurs, formations spécialisées ou encore projets d’auto-emploi sont régulièrement présentés comme des solutions concrètes. Le gouvernement met notamment en avant les initiatives du ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique ainsi que plusieurs fonds d’appui destinés aux porteurs de projets. Mais sur le terrain, beaucoup de jeunes disent ne pas ressentir les effets de ces politiques. « Le président de la République avait annoncé la prise en charge des jeunes, mais rien de concret sur le terrain. Je suis un jeune entrepreneur, mais je ne parviens pas à avoir des financements pour véritablement me projeter », déplore Martial, entrepreneur.
Certains dénoncent même des procédures administratives longues et complexes. D’autres estiment que les financements profitent davantage à une minorité proche des réseaux d’influence. Cette perception contribue à renforcer un climat de défiance envers les institutions publiques. À l’approche des élections, cette crise sociale pourrait avoir des conséquences politiques importantes. Les partis d’opposition tentent déjà de mobiliser la jeunesse autour des thèmes du chômage, de la vie chère et de la gouvernance économique. Ils accusent le pouvoir de ne pas avoir su transformer le potentiel économique du pays en opportunités d’emplois durables.
De son côté, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) défend son bilan en soulignant les investissements réalisés dans les infrastructures, l’agriculture, le numérique et les grands projets structurants. Le parti au pouvoir insiste également sur la nécessité de préserver la stabilité du pays dans un contexte régional marqué par les crises sécuritaires et économiques. Dans les universités et sur les réseaux sociaux, le débat prend de l’ampleur. Une partie de la jeunesse réclame une meilleure représentation politique et davantage de mesures concrètes en faveur de l’emploi. Les jeunes entrepreneurs, quant à eux, demandent un accès plus simple au crédit, à la formation et aux marchés publics.
Pour plusieurs analystes, la question de l’emploi des jeunes pourrait devenir un véritable baromètre politique lors des prochaines consultations électorales. Au-delà des promesses de campagne, de nombreux citoyens attendent désormais des résultats visibles capables d’améliorer leurs conditions de vie. Dans un contexte économique tendu, la capacité des responsables politiques à répondre aux attentes de la jeunesse camerounaise pourrait fortement influencer le climat social et électoral des mois à venir.
Diane Kenfack

