Cellules familiales: La bombe silencieuse des inégalités
Dans une déclaration publiée le 15 mai dernier à l’occasion de la Journée internationale des familles, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) met en garde contre l’explosion des violences intrafamiliales et l’effritement progressif du tissu familial sous le poids des inégalités sociales.
Le constat est grave, presque inquiétant. Derrière les célébrations officielles de la Journée internationale des familles, commémorée le 15 mai sous le thème « Familles, inégalités et bien-être des enfants », la CDHC dresse le portrait d’une cellule familiale camerounaise de plus en plus fragilisée par la pauvreté, les violences, les migrations et les fractures sociales.
Dans une longue déclaration signée, James Mouangue Kobiila, l’institution nationale des droits de l’Homme sonne l’alerte sur l’aggravation de la nature, de l’intensité et des conséquences des violences intrafamiliales. Un langage inhabituellement ferme qui traduit l’ampleur des inquiétudes. Féminicides, violences sexuelles sur mineurs, brutalités conjugales, infanticides : la Commission évoque une montée de violences d’une particulière cruauté, portant atteinte à la dignité et à l’équilibre des familles.
Au-delà du simple rappel institutionnel, le document révèle une réalité sociale profonde : la famille camerounaise, longtemps considérée comme le principal filet de solidarité, subit de plein fouet les effets des crises économiques et sociales. Chômage, précarité, inflation, déplacements de populations liés à l’insécurité ou encore migrations clandestines contribuent progressivement à désarticuler les structures familiales traditionnelles.
La CDHC insiste particulièrement sur la fragmentation croissante des structures familiales. De plus en plus de parents quittent leurs villages ou même le pays à la recherche de meilleures conditions de vie, laissant derrière eux des enfants souvent livrés à eux-mêmes ou confiés à des proches. Dans plusieurs régions, notamment celles touchées par les crises sécuritaires, des familles entières ont été séparées par les déplacements forcés. Cette instabilité, souligne l’instance présidée par James Mouangué Kobila, réduit le soutien affectif nécessaire à l’épanouissement des enfants et crée des traumatismes durables.
Autre fait marquant : la corruption est explicitement désignée comme un facteur aggravant. La CDHC estime que les détournements de ressources et les pratiques corruptrices empêchent les familles d’accéder équitablement aux services de base. L’institution appelle d’ailleurs à la mise en place de mécanismes de contrôle citoyen dans les écoles, centres de santé et services d’état civil afin de lutter contre les pratiques qui pénalisent directement les familles.
Cette sortie de la Commission intervient dans un contexte où les violences intrafamiliales occupent régulièrement l’actualité au Cameroun. Ces derniers mois, plusieurs cas de féminicides, de maltraitances d’enfants et de violences conjugales ont suscité l’émotion dans l’opinion publique, relançant le débat sur la protection des personnes vulnérables au sein des foyers.
Face à cette situation, la CDHC plaide pour des politiques publiques davantage centrées sur la famille. Elle rappelle d’ailleurs que la Constitution camerounaise considère la famille comme « la base naturelle de la société humaine ».
Mais au-delà des recommandations officielles, cette déclaration pose une question fondamentale : le modèle familial camerounais résiste-t-il encore aux bouleversements économiques et sociaux contemporains ?
Julien Efila

