Crise anglophone: À Bamenda, la paix attend des actes

Le lancement du dialogue communautaire dans la région du Nord-Ouest, le 15 octobre 2026, relance les espoirs d’un retour à la stabilité après près de dix ans de crise.

À Bamenda, les appels au dialogue se heurtent à une préoccupation quotidienne : comment retrouver une vie normale dans un environnement encore marqué par l’insécurité ?  Pour les populations, l’urgence reste concrète : circuler sans crainte, envoyer les enfants à l’école, reprendre les activités économiques et retrouver les proches contraints de fuir leurs villages. Depuis 2016, la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a profondément bouleversé les habitudes des habitants. Des familles ont quitté leurs localités, des activités commerciales ont été perturbées et la scolarisation de nombreux enfants a subi les conséquences des violences.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a présidé, le 15 octobre 2026, au Congress Hall de Bamenda, le lancement du dialogue communautaire pour la paix dans le Nord-Ouest. Cette initiative, qui fait suite à une démarche similaire engagée à Buea le 28 septembre, entend mobiliser les chefs traditionnels, les autorités religieuses, les jeunes, les femmes, les responsables de la société civile et les élites autour de solutions locales à la crise.

Le chef du gouvernement a appelé les différents acteurs à prendre leur part dans la recherche de la paix. L’objectif affiché est de favoriser une dynamique partant des communautés elles-mêmes, afin de rapprocher les discussions des réalités vécues dans les villages, les communes et les quartiers.

La sécurité, première attente des habitants

Derrière cette nouvelle initiative, une question demeure : quelles améliorations concrètes les populations peuvent-elles espérer dans leur quotidien ? Dans plusieurs localités, les restrictions de circulation, les journées dites « villes mortes », les enlèvements et les affrontements continuent de perturber la vie sociale et économique. Les déplacements peuvent devenir difficiles, tandis que les commerçants, les transporteurs et les petits entrepreneurs doivent composer avec une situation incertaine.

Pour les habitants, le retour à la normale commence par la possibilité de se déplacer sans appréhension, d’ouvrir les commerces régulièrement et de rejoindre son lieu de travail sans craindre les conséquences des violences. La sécurité ne se mesure donc pas uniquement au nombre de réunions organisées ou aux déclarations des autorités. Elle se traduit aussi par la réduction des incidents, la reprise des activités et la confiance retrouvée dans les espaces publics.

Le dialogue communautaire pourrait contribuer à désamorcer certains conflits locaux et à rétablir les échanges entre les populations et les autorités. Mais son efficacité dépendra de la capacité des participants à transformer les discussions en engagements suivis d’effets.

Écoles, commerces et familles déplacées : les autres urgences

L’insécurité a également fragilisé l’accès à l’éducation. Dans certaines zones, les perturbations de la rentrée scolaire ont rappelé combien le fonctionnement régulier des établissements demeure vulnérable. Pour les parents, la priorité est de pouvoir envoyer leurs enfants en classe sans interruption, tandis que les enseignants ont besoin de conditions suffisamment sûres pour assurer leurs cours.

L’économie locale figure parmi les autres préoccupations. Les commerçants attendent des conditions permettant de travailler normalement, de transporter leurs marchandises et de maintenir leurs revenus. Les petites entreprises, déjà éprouvées par les perturbations répétées, ont besoin d’un environnement stable pour investir et préserver les emplois.

À cela s’ajoute la situation des personnes déplacées. Pour les familles ayant abandonné leurs villages, le retour ne peut dépendre d’un simple appel. Il suppose des garanties de sécurité, un accès aux services essentiels et la possibilité de reconstruire une activité économique. Certaines doivent également retrouver un logement, remettre leurs enfants à l’école et renouer avec leurs communautés.

La réinsertion des personnes qui renoncent aux violences constitue un autre chantier. Elle nécessite un accompagnement social, des possibilités de formation et des perspectives économiques afin de favoriser une réintégration durable dans les communautés.

Du dialogue aux résultats mesurables

L’initiative gouvernementale repose sur la mobilisation des acteurs locaux pour rechercher des solutions adaptées aux réalités de chaque territoire. Cette approche peut contribuer à restaurer la confiance et à résoudre des problèmes de proximité. Elle ne dispense toutefois pas de s’attaquer aux dimensions plus larges de la crise.

Des acteurs de la société civile estiment notamment que les concertations communautaires devraient s’accompagner d’un dialogue plus large avec les représentants des groupes séparatistes. L’enjeu est de déterminer comment les efforts locaux peuvent s’articuler avec une démarche capable de traiter les causes profondes du conflit.

Pour les populations, le succès de l’initiative se jugera à des signes tangibles : moins d’incidents, des routes accessibles, des écoles ouvertes, des marchés fréquentés et des familles pouvant regagner leurs villages dans des conditions sûres.

À Bamenda, le dialogue communautaire ouvre ainsi une nouvelle séquence dans la recherche de la paix. Mais après près d’une décennie de crise, les attentes dépassent désormais les annonces officielles. Les habitants attendent des garanties de sécurité, dès mesures durables et des résultats capables de rendre à nouveau possible une vie quotidienne ordinaire.

 

Diane Kenfack

 

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