Sérail: Un gouvernement de fantômes et démissionnaires
Depuis bientôt cinq ans, l’on note dénombre une dizaine de postes vacants de ministres et assimilés dont le remplacement ne semble pas à l’ordre du jour.
C’est une situation inédite au Cameroun : près d’une dizaine de membres démissionnaires et décédés sans remplacement. Dans la chronologie des faits, cette situation prévaut depuis 2021. Cette année-là, le ministre Délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé du monde islamique, Adoum Gargoum, rend l’âme le 08 mars 2021 à l’hôpital de la Cnps à Yaoundé. « Le premier ministre chef du gouvernement, S.E Joseph Dion Ngute, a l’immense regret d’annoncer le décès survenu le lundi 8 mars 2021 des suites de maladie de Monsieur Adoum Gargoum, Ministre Délégué auprès du Ministre des relations extérieures chargé du monde islamique », lit-on dans un communiqué signé par Balungeli Confiance Ebune, le Directeur de Cabinet du Premier Ministre. Depuis lors, il n’a pas été remplacé.
Après le décès de Adoum Gargoum, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé de la Coopération avec le monde islamique, en mars 2021 et Alim Hayatou, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé Publique, chargé de la lutte contre les Epidémies et les Pandémies, décédé en avril de la même année. La Chambre Basse du Parlement a été impactée par le décès du Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé publique chargé de la lutte contre les épidémies et les pandémies. En effet, la disparition d’Alim Hayatou le 5 avril 2021, a poussé l’Assemblée nationale à annuler une séance plénière. « Le Secrétaire général de l’Assemblée nationale informe les honorables députés que, suite au décès du Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé publique, chargé de la lutte contre les épidémies et les pandémies, la séance plénière spéciale sur la couverture santé universelle et la vaccination contre la Covid-19, prévue le mardi 6 avril 2021 est annulée » écrit Gaston Komba.
Par la suite, la ministre Déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et du Développement Rural s’est éteinte dans la nuit du 5 août 2022 à l’âge de 63 ans. Ananga Messina née Beyene Clémentine Antoinette voit le jour le 15 mars 1959. Cette digne fille Evondo de Ngang dans la Mefou et Afamba, arrondissement de Nkolafamba, est mariée à un ressortissant du département de la Lekié, région du Centre. Ingénieur agronome de conception et titulaire d’un diplôme de 3e cycle en gestion de politique économique, Clémentine Ananga Messina a exactement 50 ans lorsqu’elle fait son entrée au gouvernement, le 30 juin 2009 comme Ministre Déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et du Développement Rural. Département ministériel qu’elle avait déjà servi pendant 23 ans avant cette consécration.
Concernant Gabriel Dodo Ndoke, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, il est mort depuis le 21 janvier 2023. Plus d’une semaine après la mort du ministre du ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (Minmidt), il n’y a eu aucun communiqué officiel pour annoncer le décès de Gabriel Dodo Ndoke. Le public a appris par média interposé que ce dernier aurait eu un malaise, puis a été transporté à l’hôpital de Caisse à Yaoundé où il a finalement rendu l’âme malgré des soins médicaux. Que ce soit le chef de l’Etat ou le Premier ministre, aucun officiel n’a jugé à l’époque de communiquer sur ce décès qui laisse songeur.
Décédés et démissionnaires
Pourtant, le poste de Dodo Ndoke est sensible et les dossiers qu’il devait gérer cette année-là n’étaoent pas des moindres. En effet, le président de la République, Paul Biya, a fait plusieurs annonces à caractère économique dans son message à la nation à l’accession de la fin d’année 2022 et du Nouvel An 2023. On retient que plusieurs projets miniers devraient démarrer en 2023. Depuis lors, l’intérim est assuré par le secrétaire d’Etat auprès du ministre des Mines, de l’industrie et du développement technologique (Minmidt), Fuh Calistus Gentry, en poste depuis 2007.
Très récemment encore, c’est Issa Tchiroma, le ministre de l’Emploi et la formation professionnelle, qui a démissionné le 24 juin 2025. Lui aussi n’a pas été remplacé. Au contraire un intermédiaire a été désigné. « En exécution des très hautes instructions de son excellence Monsieur le Président de la République, le Premier ministre, chef du gouvernement, a chargé monsieur Mounouna Foutsou, ministre de la Jeunesse et de l’Education civique, d’assurer la continuité du service public au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle », peut-on lire dans un communiqué laconique des Services du Premier ministre : N° 004 SG/PM du 27 juin 2025 et qui porte la signature de Fouda Séraphin Magloire, Secrétaire général desdits services.
Le nouveau ministre intérimaire de l’Emploi et de la Formation professionnelle, fait inédit, devra expédier les affaires courantes, cumulativement avec ses fonctions de ministre de la Jeunesse et de l’Education civique, au sein de ce département ministériel que vient de quitter son « grand frère » du Grand Nord, Issa Tchiroma Bakary. Le processus de transition au ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP) est donc officiellement en cours, avec l’entame inaugurale de ce vendredi 27 juin. L’intérimaire Mounouna Foutsou a entamé ses fonctions en procédant à une première prise de contact, en recevant en audience Madame Forchap Esandem Prudence Nkong, Secrétaire Général du MINEFOP. Cette rencontre marque le début de sa mission à la tête de ce département ministériel.
La démission de Bello Bouba attendue
Le Président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), dont la démission de ses fonctions de ministre d’Etat, ministre du Tourisme et des Loisirs, est logiquement attendu, a lui-même annoncé sa candidature à l’élection d’octobre prochain, à l’issue de la réunion du Comité central élargi de son parti tenue le samedi 28 juin au palais des Congrès de Yaoundé.
Cette rupture pour le moins attendue, intervient dans le sillage de celle d’Issa Tchiroma Bakary du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), qui a, il y a quelques jours, démissionné du gouvernement et annoncé sa candidature. Ces départs successifs de figures politiques influentes originaires du Nord fragilisent les appuis régionaux sur lesquels le RDPC a longtemps pu compter. Bello Bouba Maigari qui lâche Biya et annonce sa candidature pour la présidentielle d’octobre 2025. Cette scission met en évidence une fracture qui semble désormais irréversible entre d’anciens alliés du régime. L’année 2025 s’annonce déjà comme une année explosive sur la scène politique camerounaise. Cette décision de l’UNDP et de son président Bello Bouba Maïgari relance les questions sur une potentielle recomposition du paysage politique et des stratégies d’alliances en vue du scrutin présidentiel. Tous les regards sont désormais tournés vers les implications de ce divorce et les nouvelles dynamiques qu’il engendrera.
Oumarou Mey

