Philippe Nanga, Coordonnateur Un Monde Avenir: « Sans médias, pas d’action forte pour des élections transparentes »
À l’issue de l’atelier organisé à Douala sur la communication en période électorale, le Coordonnateur de l’ONG Un Monde Avenir, Philippe Nanga, revient sur les enjeux de la formation des journalistes et leur rôle central dans la crédibilité des scrutins.
Pourquoi avoir organisé cet atelier avec les journalistes ?
Je dois dire que c’est toujours avec plaisir que nous conduisons ces moments d’échange avec les médias. Nous les considérons comme étant au cœur de la promotion de la démocratie. Sans eux, l’impact de nos actions en faveur d’élections transparentes et équitables serait forcément limité. Cet atelier répondait donc à un besoin réel : prendre le temps de se ressourcer, de relire les principes qui encadrent un processus électoral et de réfléchir ensemble à notre responsabilité collective.
Nous avons constaté qu’il est nécessaire de s’arrêter, même brièvement, pour revisiter les fondamentaux. Les élections ne se résument pas à un calendrier ou à un vote le jour J. Elles reposent sur des règles, mais aussi sur des valeurs. Et les journalistes jouent un rôle déterminant dans la manière dont ces valeurs sont comprises et relayées auprès du public.
Concrètement, qu’ont apporté les échanges au cours de la formation ?
L’atelier a permis aux journalistes de discuter des grandes lignes qui définissent des élections libres et transparentes. Mais au-delà des textes, nous avons insisté sur la compréhension des enjeux. Informer ne consiste pas seulement à rapporter des faits ; il s’agit aussi d’aider les citoyens à mesurer les conséquences de leurs choix. Nous avons également favorisé un partage d’expériences entre générations. Des journalistes chevronnés ont expliqué comment ils ont couvert certains scrutins, quelles erreurs éviter, quels aspects traiter avec rigueur. Cette dimension pratique était essentielle. Les médias influencent fortement les choix des électeurs. Beaucoup se déterminent en fonction de ce qu’ils voient, entendent ou lisent. Si l’information est mal traitée, le choix peut l’être aussi.
C’est pourquoi nous avons travaillé sur la nécessité d’un accompagnement objectif, loin des considérations tribales ou des pratiques comme l’achat des voix. Les journalistes doivent contribuer à éclairer les citoyens, afin qu’ils opèrent un choix libre et réfléchi.
Qu’est-ce qui vous a le plus alerté dans le contexte actuel ?
En lisant la Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance, on comprend que l’éducation électorale est essentielle. Pourtant, nous constatons un déficit d’information préoccupant. Des citoyens demandent encore pour qui voter ou hésitent à s’inscrire, estimant que leur voix ne compte pas. Ce manque de participation fragilise la qualité des élections. Or, lorsque les citoyens se désengagent, ils contribuent malgré eux à maintenir des pratiques qu’ils dénoncent. La participation massive est un levier puissant pour influencer les choix et renforcer la légitimité des élus.
C’est pour cela que nous avons voulu outiller les journalistes. Ils doivent maîtriser les enjeux, les règles et les mécanismes afin d’accompagner efficacement le public. Car au final, si le travail des organisations de défense des droits humains n’est pas relayé par les médias, il perd en portée. Notre conviction est simple : une démocratie solide repose sur des citoyens bien informés, et cette mission passe d’abord par des journalistes formés et engagés.
Propos recueillis par H. T.

