Féminicides: Plus de trente femmes tuées au premier trimestre 2026
Le constat alarmant a été dressé par la ministre, Marie-Thérèse Abena Ondoua, à l’ouverture de la conférence annuelle des services centraux et déconcentrés du Minproff, le 23 avril dernier à Yaoundé.
Marie-Thérèse Abena Ondoua est sous le choc. Prenant la parole, le 23 avril dernier à Yaoundé, à l’occasion de l’ouverture des travaux de la conférence annuelle des responsables des services centraux et déconcentrés du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff), la ministre a dressé un tableau assez préoccupant de la situation sociale au Cameroun, caractérisée par la recrudescence des cas de féminicides. « Pour le seul premier trimestre de cette année, il a été rapporté une trentaine de d’assassinat de femmes », a-t-elle déclaré.
Ces données, selon le membre du gouvernement, traduisent une réalité de plus en plus difficile à contenir. Les auteurs de ces actes sont souvent issus de l’entourage proche des victimes : conjoints, ex-compagnons ou voisins. Une proximité qui rend ces violences d’autant plus difficiles à prévenir et à endiguer.
Au-delà des féminicides, la ministre en charge de la promotion de la femme et de la famille a également déploré le cas d’une douzaine d’infanticides, observées au cours de la même période. Le cas le plus récent étant celui d’une fillette, violée plus étranglée au quartier Nkoabang à Yaoundé par le père de son camarade de classe. A cela s’ajoute pour assombrir le tableau, la recrudescence d’autres formes de violences : viols, maltraitance infantile et diffusion de contenus à caractère pornographique. Sans oublier la montée inquiétante des discours de haine sur les réseaux sociaux, perçus comme un facteur aggravant de la tension sociale.
Face à cette situation, le Minproff entend renforcer sa stratégie d’intervention. Cette volonté de réponse structurelle se traduit par le thème retenu pour cette conférence annuelle : « Renforcer l’autonomisation économique des femmes et des familles dans un contexte marqué par les fléaux sociaux émergents ».
Mais l’annonce la plus marquante de la ministre concerne le volet législatif. Marie-Thérèse Abena Ondoua a révélé qu’un projet de loi spécifique sur les violences faites aux femmes et aux filles est actuellement en cours d’élaboration. Elle a exprimé l’espoir de voir ce texte adopté dans les tout prochains jours, estimant qu’il constitue un instrument déterminant pour « tordre le cou à ce fléau ».
Ce futur cadre juridique devrait alors, selon les orientations annoncées, permettre de renforcer la prévention, d’améliorer la répression des auteurs et de mieux encadrer la protection des victimes. Une initiative qui s’inscrit dans une logique de durcissement de la réponse institutionnelle face à l’ampleur du phénomène.
Cette dynamique s’inscrit également dans les engagements pris au plus haut niveau de l’État. En effet, lors de son discours d’investiture du 6 novembre 2025, le président de la République, Paul Biya avait fait de la protection des femmes et des jeunes une priorité de son action, appelant à une meilleure responsabilisation et à un renforcement des dispositifs existants.
Mais en attendant, il ne reste plus qu’au responsables du Minproff, de mettre en œuvre les actions concrètes déclinées au cours de cette conférence annuelle qui a également vu la participation des unités techniques spécialisées du ministère. Mieux encore, ils sont appelés à examiner les dispositifs existants, à renforcer la coordination entre les services déconcentrés et à améliorer l’efficacité des actions sur le terrain.
Julien Efila

