Entreprises publiques: L’État impose une thérapie de choc au MATGENIE
Face aux sénateurs le 25 juin 2026, le ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi a conditionné l’octroi d’une rallonge de 1,8 milliards de FCFA à une refonte totale du modèle économique du Parc National de Matériel de Génie Civil (MATGENIE), désormais sommée d’être rentable.
Interpellé par les parlementaires du Sénat camerounais le 25 juin 2026, le ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a dévoilé un plan de restructuration d’urgence pour le Parc National de Matériel de Génie Civil (MATGENIE). Entre rééquipement technique, apurement des tensions sociales et transition vers la performance, l’entreprise joue sa dernière carte. En effet, le Parc National de Matériel de Génie Civil se trouvait depuis des années au bord du gouffre financier et opérationnel. Mais face à la représentation nationale le 25 juin dernier, le gouvernement a choisi de siffler la fin de la récréation au sein de cette entreprise qui se meurt au fil du temps qui passe. C’est pour sauver cette structure qui est le bras séculier de l’État en matière d’infrastructures que le MINTP a sorti de sa sacoche une thérapie de choc, soutenue par une enveloppe de 1,8 milliard de FCFA. Cette subvention d’équilibre, d’ores et déjà débloquée par le trésor public, vise un objectif spécifique, celui de transformer ce « canard boiteux » en une entreprise publique moderne, compétitive et résiliente.
Pour comprendre l’urgence de cette injection de fonds, il faut jeter un regard dans le rétroviseur. Depuis près d’une décennie, le MATGENIE faisait plus souvent la une des journaux pour ses mouvements de grève à répétition que pour ses performances sur les chantiers routiers du triangle national. Salaires impayés accumulés sur plusieurs mois, cotisations sociales non reversées, climat social délétère, les employés de la structure vivaient une véritable descente aux enfers. La subvention d’équilibre de 1,8 milliard de FCFA arrive donc d’abord comme un baume sur une plaie sociale béante. Selon les explications du MINTP devant les sénateurs, une partie substantielle de ces fonds est injectée pour assainir les arriérés salariaux et restaurer un climat de confiance minimal entre le top management et les partenaires sociaux, car sans paix sociale, aucune réforme structurelle n’était envisageable.
Le grand défi du rééquipement technique
Il faut sans doute dire que le règlement des salaires ne suffit pas à faire tourner une entreprise de BTP. Car Le véritable drame du MATGENIE résidait dans l’état d’obsolescence avancée de son outil de production. Jadis fleuron de la location d’engins de génie civil au Cameroun, l’entreprise disposait ces dernières années d’un parc matériel majoritairement immobilisé, transformé en cimetière de ferraille à ciel ouvert, faute de maintenance et pièces de rechange. De ce fait, une part importante de l’enveloppe gouvernementale est ainsi destinée vers l’acquisition de nouveaux équipements à l’instar des bulldozers , niveleuses compacteurs et la réhabilitation lourde des engins encore récupérables dont l’objectif immédiat est de redonner au Parc National de Matériel de Génie Civil la capacité technique de se positionner sur les marchés publics et répondre aux sollicitations des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), aujourd’hui en première ligne pour l’entretien des routes communales.
Au-delà de l’aspect financier, c’est une véritable révolution managériale que le ministère des Travaux Publics appelle de ses vœux. Le modèle historique du MATGENIE, basé sur une forme de monopole de fait et des subventions à fonds perdus, a montré ses limites face à l’émergence d’un secteur privé national et international agressif et dynamique. Le plan de redressement présenté au Sénat prévoit une refonte du modèle économique de la structure, qui va faire passer le MATGENIE d’une logique d’administration subventionnée à une logique d’entreprise publique commerciale performante.
Arnaud Joseph Etoundi

