Discours présidentiel à la jeunesse: Des étudiants passent à l’étape du contrôle citoyen

Réunis récemment à Yaoundé, étudiants et chercheurs ont disséqué l’adresse présidentielle à la jeunesse et annoncé la mise en place d’une veille pour suivre, chiffres à l’appui, l’application des promesses.

À peine le discours présidentiel à la jeunesse achevé, le 10 février dernier, que le débat s’est déplacé des écrans vers les amphithéâtres. À Yaoundé, la Boutique des Sciences (Bds-OngolaLab) de l’Université de Yaoundé I a réuni étudiants, jeunes docteurs et acteurs associatifs pour analyser la portée des annonces et, surtout, en mesurer les suites concrètes. L’objectif affiché est d’: « auditer la réception du message » et bâtir une feuille de route d’actions mesurables.

D’entrée de jeu, le ton se veut lucide. Si la reconnaissance institutionnelle des difficultés des jeunes est saluée, la lassitude affleure. « Le problème reste le temps qui s’écoule entre la décision et l’implémentation », confie un participant. Un autre renchérit : « Nous sommes considérés comme une jeunesse sacrifiée, abandonnée à elle-même. » Ainsi, derrière l’espoir, pointe un scepticisme nourri par des annonces jugées répétitives. Cependant, le débat ne s’est pas limité à la critique. La question des financements dédiés à l’entrepreneuriat a cristallisé les échanges. Deux exigences ont émergé : l’équité territoriale et la traçabilité des fonds. « Il faut rompre avec l’idée que le carnet d’adresses prime sur la compétence », insiste le Dr Alassa Fouapon. Pour le Coordonnateur Bds-OngolaLab, UYI, chaque franc annoncé doit pouvoir être suivi jusqu’au projet retenu, afin d’éviter les soupçons et restaurer la confiance.

Cinq résolutions adoptées

En outre, les participants ont reconnu leurs propres failles. Le faible nombre de candidatures aux programmes publics a été pointé du doigt. « Il y a un déficit d’audace et parfois d’information », admet un étudiant en fin de cycle. Dès lors, la responsabilité ne peut être unilatérale. Discipline, engagement citoyen et esprit d’initiative sont apparus comme des leviers internes à activer. Très vite, la discussion a glissé vers le rôle de l’université. Car l’insertion des diplômés, selon les intervenants, ne peut se penser sans réforme pédagogique. « D’abord, contextualiser les savoirs pour éviter le mimétisme et mieux coller aux réalités locales. Ensuite, valoriser la recherche appliquée, capable d’apporter des solutions concrètes aux communautés ». Dans cette dynamique, la Bds-OngolaLab est présentée comme « l’interface indispensable entre l’université, la société et les pouvoirs publics ».

Au terme des échanges, cinq résolutions ont été adoptées. Il s’agit notamment d’instaurer une veille citoyenne pour suivre l’application réelle des mesures annoncées, de cartographier les opportunités existantes et d’accompagner techniquement les jeunes dans le montage de leurs dossiers. Une note de plaidoyer sera également adressée aux autorités, tandis que la structure ambitionne de se positionner en observatoire des politiques de jeunesse.

Des recommandations ont aussi été formulées à l’endroit des pouvoirs publics. Les participants demandent une traçabilité totale des financements, l’implication d’observateurs indépendants issus du monde universitaire dans les comités de sélection et une gestion fondée sur la compétence. « Les nominations doivent reposer sur l’expertise et l’intégrité, avec une obligation de résultats mesurables », souligne un membre du comité d’organisation. Qui indique que, l’accélération de la décentralisation des opportunités vers les zones reculées est jugée prioritaire.

HT

 

About Post Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
27 + 21 =


Enregistrez vous à notre newsletter