Assassinat de Martinez Zogo: L’Etat déclaré civilement responsable
Au terme de l’audience du 11 août 2025, le Tribunal militaire de Yaoundé a tranché l’épineuse question de savoir si l’Etat, via ses agents qui travaillaient au sein de la Dgre à l’époque des faits, devait répondre pécuniairement des peines éventuellement infligées à ces accusés.
Audience criminelle du Tribunal militaire de Yaoundé siégeant en collégialité pour connaitre de l’affaire de l’assassinat de Martinez Zogo ce 11 août 2025. Au terme de plus de deux heures de débats qui ont achoppé sur la question de savoir si l’Etat du Cameroun, en l’occurrence la DGRE, était civilement responsable ou non, la juridiction militaire a finalement tranché et a déclaré l’Etat du Cameroun civilement responsable dans cette affaire. Avec comme conséquence immédiate le paiement des sommes d’argent en réparation du préjudice moral et matériel subi par les ayants droits de Martinez Zogo.
La décision du Tribunal militaire sera maintenue, en dépit de l’opposition de Me Claude Assira, qui défend les intérêts de l’Etat dans le dossier, et qui a introduit une demande itérative pour que la situation de l’Etat du Cameroun puisse évoluer en celle de partie civile. Et de justifier sa démarche en faisant valoir que « la loi dispose que toute personne qui estime que ses intérêts ont été violées, a le droit de se constituer partie civile, et la DGRE peut donc légitimement considérer que ses intérêts sont en cause en raison des infractions qui ont été commises ; ces infractions qui ne peuvent avoir été commises que contre l’Etat ».
Pour s’opposer à ces prétentions, les avocats de la défense à l’instar de Me Charles Tchoungang et autres Me Mbuny, vont faire bloc et ont littéralement exprimé leur indignation face à cette demande jugée inopportune. Me Mbuny estime que « la DGRE devrait se retrouver dans ce dossier comme civilement responsable, c’est-à-dire que la DGRE est là pour qu’en cas de condamnation, répondre à la place de ceux-là qui travaillaient pour la DGRE, et que s’ils sont déclarés coupables, elle devrait donc en quelque sorte répondre de cette condamnation pécuniaire ».
Joutes enflammées
Tranchant dans le vif au terme de plus de 120 minutes de joutes oratoires enflammées entre les deux parties, le tribunal a finalement décidé qu’en l’état, c’est bien la posture de civilement responsable qui incombe à l’Etat du Cameroun. Une décision qui n’emporte pas l’adhésion de Me Claude Assira qui estime que même la Cour d’appel du Centre qui avait été sollicitée sur cette question ne l’a pas tranché définitivement, et que la porte reste ouverte pour que l’Etat du Cameroun puisse solliciter cette qualité de partie civile. Et de suggérer que « Si la cour dans son arrêt du 17 juillet avait décidé de façon nette dans un sens ou dans l’autre, je pense nous serions tous au moins fixés. Mais la Cour a utilisé des formules pour lesquelles l’interprétation me semble être laissée à la disposition de chacun ». Le Tribunal militaire a renvoyé la cause au 1er septembre 2025 pour audition des témoins, notamment les témoins du ministère public.
Rappelons que c’est le 17 janvier 2023 que tout s’enclenche. Arsène Salomon Mbani Zogo dit « Martinez Zogo », l’animateur vedette de Amplitude FM âgé 51 ans, est enlevé par des inconnus alors qu’il regagnait son domicile à bord de son véhicule. Son corps gravement mutilé présentant des traces de torture et en état de putréfaction avancé est découvert à Ebogo III par Soa le 22 janvier 2023. L’enquête mixte police gendarmerie qui est ouverte débouche sur l’interpellation de plusieurs suspects dont Jean Pierre Amougou Belinga, Léopold Maxime Eko Eko, Dg de la DGRE et Justin Danwe, son chef des opérations. Ils seront par la suite placés sous mandat de dépôt en compagnie de plusieurs autres le 4 mars 2023. Toujours en attente de leur sort dans le cadre d’un procès qui entrera enfin dans le vif du sujet le 1er septembre prochain.
Evariste Menounga

