Réfugiés au Cameroun: L’État reprend la main, les défis persistent
Le 27 octobre 2026 à Yaoundé, le ministre délégué auprès du Minrex, Félix Mbayu et Yvette Muhimpundu, représentante du HCR au Cameroun, ont fait le point sur la gestion des réfugiés depuis janvier, entre transfert de responsabilités, progrès dans leur protection et difficultés persistantes.
La gestion des réfugiés au Cameroun change progressivement de visage. Derrière les déclarations de satisfaction affichées le 27 octobre 2026 à Yaoundé, lors de l’audience accordée par Félix Mbayu, à Yvette Muhimpundu, se dessine une évolution majeure : l’État camerounais entend désormais assumer davantage de responsabilités dans la protection des personnes contraintes de fuir leur pays. Une mutation qui avance, mais dont les résultats restent à consolider.
Au cours de cette rencontre, le ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé de la coopération avec le Commonwealth, et la représentante multi-pays du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ont évalué les progrès enregistrés depuis le début de l’année. Ils ont également évoqué la nouvelle vision du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés. Le changement le plus significatif se situe dans le traitement des demandes d’asile. Le 9 octobre 2026, la Commission d’éligibilité des organes de gestion du statut de réfugié a tenu sa première session au ministère des Relations extérieures. Deux cents dossiers de demandeurs d’asile, issus d’une dizaine de nationalités, figuraient à l’ordre du jour.
Cette session marque l’entrée en vigueur effective du transfert au gouvernement camerounais de la responsabilité d’examiner les demandes d’asile, jusque-là assurée par le HCR. Une étape importante dans l’application de la loi de 2005 sur le statut des réfugiés et du décret de 2011 organisant les instances chargées de leur protection. L’enjeu dépasse la simple réorganisation administrative. Il s’agit de rapprocher la décision de protection des institutions nationales et de renforcer la capacité du pays à répondre aux demandes des personnes qui sollicitent son accueil.
14 676 demandeurs d’asile enregistrés en 2025
Cette évolution s’accompagne d’avancées dans la délivrance des documents d’identité. Le rapport annuel 2025 du HCR fait état de 10 987 réfugiés ayant obtenu des documents biométriques au Cameroun. La reconnaissance officielle de la carte d’identité de réfugié, consacrée par le décret de 2025, contribue à sécuriser leur séjour et à faciliter leur accès aux services. Toutefois, le transfert de compétences ne règle pas toutes les difficultés. Le même rapport du HCR souligne une baisse de l’accès aux procédures d’asile dans son périmètre d’intervention : la proportion des personnes sollicitant une protection internationale et admises dans ces procédures est passée de 69,48 % à 36,11 % en 2025.
Au Cameroun, 14 676 demandeurs d’asile ont été enregistrés au cours de cette période. Si l’appropriation progressive du processus par l’État constitue une avancée, les moyens humains, financiers et administratifs restent déterminants pour éviter que les dossiers ne s’accumulent. Le défi est d’autant plus important que le pays accueille des centaines de milliers de réfugiés, principalement originaires de la République centrafricaine et du Nigeria. À ces populations s’ajoutent les personnes déplacées à l’intérieur du territoire, notamment dans les régions affectées par les crises sécuritaires.
Par ailleurs, la gestion des réfugiés ne se limite plus à l’assistance d’urgence. Le HCR encourage une approche qui favorise leur autonomie économique, leur accès aux services sociaux et leur intégration dans les communautés d’accueil. Dans l’Est du pays, des réfugiés centrafricains développent des activités agricoles et commerciales. À Minawao, dans l’Extrême-Nord, des initiatives soutiennent également la création de revenus et les liens avec les populations locales. Cette orientation rejoint la vision « 50by35 » du HCR, qui vise à réduire de moitié, d’ici à 2035, le nombre de réfugiés en déplacement prolongé incapables de subvenir à leurs besoins essentiels sans aide humanitaire. Mais l’accès à la terre, l’insuffisance des financements et la pression sur les ressources naturelles freinent encore cette transition.
H.T

