Souveraineté alimentaire: Le défi décisif de l’indépendance agricole

Dans un contexte marqué par des dépenses d’importation massives, le Cameroun s’efforce de transformer son modèle agricole afin d’assurer l’accessibilité et la sécurité alimentaire de l’ensemble de sa population.

Célébrée le 16 octobre 2026 sous le thème « Innover aujourd’hui. Nourrir demain », la Journée mondiale de l’alimentation remet au centre du débat la dépendance du Cameroun aux importations agricoles. Le Cameroun dépense des centaines de milliards de FCFA pour acheter à l’étranger des céréales qu’il ambitionne de produire davantage sur son territoire. En 2024, les importations de produits végétaux ont atteint 624,2 milliards de FCFA, dont 543,7 milliards pour les seules céréales. Le riz a représenté 318,6 milliards de FCFA et le blé 214,1 milliards. Ces chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) révèlent l’ampleur du défi : nourrir la population sans alourdir davantage la facture des importations.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre autour du thème « Innover aujourd’hui. Nourrir demain », l’enjeu dépasse donc les quantités récoltées. Il s’agit aussi de mieux conserver, transformer et acheminer les produits locaux, afin qu’ils arrivent sur les marchés à des prix accessibles. Pour réduire cette dépendance, les pouvoirs publics misent notamment sur le Plan intégré d’import substitution agropastoral et halieutique (Piisah). Cette politique cible plusieurs produits stratégiques, dont le riz, le maïs, le soja, le lait, l’huile de palme et le poisson.

Les avancées annoncées par le ministère de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat), en septembre 2026, donnent une idée des moyens engagés. Quelque 350 464 hectares ont été sécurisés dans la Plaine centrale, 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles aménagés et 391 kilomètres de routes sont en cours de désenclavement. À Ndop, une unité de transformation du riz d’une capacité de 10 tonnes par heure a également été installée. De l’avis de l’Honorable Me Christophe Essama Nkoudou, Député du Mfoundi premier, dans la région du Centre, ces infrastructures peuvent faciliter la production et la commercialisation.

L’urgence reste dans les assiettes

Mais leur impact dépendra aussi de leur utilisation effective, de l’accès des agriculteurs aux équipements et aux financements, ainsi que de la capacité des transformateurs à écouler leurs marchandises. Le Minepat indique par ailleurs que les importations alimentaires sont passées de 65 milliards de FCFA en janvier 2025 à 54 milliards en janvier 2026, soit une baisse de 11 milliards. Ce recul, notamment lié au riz et au maïs, constitue un signal encourageant. Il reste toutefois à confirmer dans la durée. Produire davantage ne suffit pas. Car une récolte abondante ne garantit pas automatiquement une alimentation accessible. Entre le champ et l’assiette, les pertes après récolte, les difficultés de transport, le manque de conservation et les coûts de transformation peuvent réduire les bénéfices attendus.

Pour les petits producteurs, l’accès aux semences de qualité, au crédit et aux débouchés reste également déterminant. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet d’appui à la sécurité alimentaire dans les territoires ruraux du Cameroun (Secal). En 2026, son plan de travail budgétisé avoisinait 7,872 milliards de FCFA. Les données présentées en mai faisaient état de 62 716 personnes sensibilisées et de 22 977 producteurs et entrepreneurs ruraux ayant bénéficié de diagnostics approfondis. L’innovation attendue ne se limite donc pas aux machines ou aux nouvelles technologies. Elle passe aussi par l’amélioration des pratiques agricoles, l’irrigation, la recherche sur les semences, la transformation locale et une meilleure organisation des circuits de vente.

Le défi est d’autant plus pressant que la production nationale ne met pas toutes les familles à l’abri. Selon les estimations du Cadre harmonisé relayées par la FAO, environ 2,8 millions de personnes au Cameroun devaient connaître une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou supérieur entre juin et août 2026. Les conflits, les difficultés économiques et les chocs climatiques fragilisent les moyens de subsistance et l’accès à la nourriture. « Dans ces conditions, la souveraineté alimentaire ne peut se mesurer au seul volume produit. Elle suppose que les denrées soient disponibles, nutritives et financièrement accessibles, y compris dans les zones rurales et les régions touchées par l’insécurité », analyse un expert.

Pour le Cameroun, le chantier consiste désormais à mieux relier producteurs, transformateurs, transporteurs et commerçants. Car réduire les importations n’aura de véritable portée que si cette évolution soutient les agriculteurs et améliore le contenu des assiettes. À travers son thème de 2026, la Journée mondiale de l’alimentation rappelle ainsi une exigence concrète : innover pour produire davantage, certes, mais surtout pour que les récoltes camerounaises nourrissent durablement les Camerounais.

H.T

 

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