Violences basées sur le genre: Le cri d’alarme du RINADH
À l’occasion de la 89e Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ouverte le 12 octobre 2026 à Dakar, James Mouangue Kobila, président du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH), a fait des violences fondées sur le genre, notamment des féminicides, le signal d’alarme le plus grave de la violation des droits humains sur le continent.
Vies anéanties, enfances confisquées, familles dévastées. Les mots sont forts, assumés. Le 12 octobre 2026, dans la capitale sénégalaise, devant la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP) qui célèbre les 40 ans de la Charte africaine, James Mouangue Kobila n’a pas choisi la langue de bois.
Au nom des 47 institutions nationales membres du RINADH, le président de cette instance a placé les violences fondées sur le genre au cœur de son plaidoyer. «Les violences fondées sur le genre, notamment les féminicides, les sévices infligés aux enfants et leur recrutement par des groupes armés, ainsi que les exactions commises contre les migrants et les réfugiés laissent dans leur sillage des vies anéanties», a-t-il martelé depuis la tribune sénégalaise, devant les représentants des États membres de l’Union africaine et du corps diplomatique.
Un constat implacable. Alors que le continent traverse un important cycle électoral, ces violences ne sont pas un fait divers isolé. Elles sont, selon le RINADH, le symptôme d’un espace civique qui se rétrécit et de garanties démocratiques qui s’affaiblissent.
Par ailleurs président de la CDHC, il a dressé le lien que peu d’officiels osent faire : entre l’instabilité politique et le corps des femmes et des enfants comme premier champ de bataille. Le continent compte aujourd’hui, selon le Comité international de la Croix-Rouge cité dans son discours, plus de cinquante conflits armés actifs, soit 40% des conflits mondiaux. Dans ces contextes de fragilité, les femmes paient le plus lourd tribut. Féminicides intimes, violences sexuelles comme arme de guerre, mariages précoces qui explosent dans les camps de déplacés internes, excision qui persiste : le tableau est sombre. Le RINADH rappelle que ces drames «interpellent notre conscience collective et exigent une protection urgente des victimes ainsi qu’une lutte résolue contre l’impunité».
Plus insidieuse encore est la nouvelle forme de violence pointée par le Président du RINADH : la violence causée par les technologies. Si le numérique offre aux jeunes filles africaines des possibilités d’accès à l’information et de participation, il ouvre aussi «de nouvelles voies de préjudice». Harcèlement en ligne, diffusion non consentie d’images intimes, cyberharcèlement des femmes journalistes et défenseures des droits humains, instrumentalisation des réseaux pour amplifier la haine misogyne.«Les violences qui naissent ou s’amplifient en ligne peuvent briser des vies, bien au-delà des écrans », a-t-il prévenu , recommandant à la Commission africaine et aux États de renforcer les cadres juridiques de prévention, tout en respectant les droits humains.
Le discours n’élude pas la responsabilité des États. Le RINADH note avec inquiétude que les défenseurs des droits, les journalistes, les avocats, et singulièrement les organisations de défense des droits des femmes, «évoluent dans des environnements réglementaires et sécuritaires de plus en plus restrictifs». Ce rétrécissement devient particulièrement aigu durant les périodes électorales, notamment présidentielles, où les restrictions arbitraires aux libertés publiques servent souvent à couvrir les exactions. Face à ce diagnostic, l’appel de Dakar est donc clair. Le RINADH réaffirme que les Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH) demeurent «des piliers indispensables» mais à condition d’être dotées de ressources suffisantes et «protégées contre les représailles». Une allusion à peine voilée aux pressions que subissent plusieurs commissions nationales lorsqu’elles enquêtent sur des cas de féminicides impliquant des acteurs étatiques ou non étatiques.
Le Mouangue Kobila a également lié la question du genre à deux autres urgences : la justice climatique et la situation dans les lieux de privation de liberté. Les femmes autochtones, a-t-il souligné, voient leurs terres et leurs moyens de subsistance menacés par la ruée vers les terres et les minéraux critiques, accentuant leur vulnérabilité économique et leur exposition aux violences.
Julien Efila

