Rougeole: 20 districts sous pression

Alors que la campagne nationale de vaccination contre la rougeole et la rubéole se déroule du 14 au 18 octobre 2026, les contraintes budgétaires et les difficultés d’accès aux familles compliquent la mobilisation.

À quelques jours du lancement de la campagne nationale de vaccination contre la rougeole et la rubéole, le défi du Littoral ne se résume pas à la disponibilité des vaccins. Il consiste aussi à atteindre les enfants qui, pour diverses raisons, restent en dehors du circuit vaccinal. Dans une région où 20 districts de santé sur 24 ont été touchés par la maladie entre 2025 et 2026, la question de l’accès aux services de prévention prend une dimension particulière.

Présentant la situation aux médias cette semaine à Douala, le délégué régional de la Santé publique pour le Littoral, Charles Yopndoi, a fait état de milliers de cas d’enfants atteints au cours de cette période. À l’échelle nationale, le cumul atteignait 9 369 cas confirmés à la 33e semaine de 2026, avec 122 districts en situation épidémique, selon le dossier de presse présenté aux journalistes.

Ces chiffres révèlent les limites d’une couverture vaccinale qui demeure insuffisante pour interrompre la transmission. En 2025, la couverture de la première dose du vaccin contre la rougeole et la rubéole s’élevait à 85 %, contre seulement 70 % pour la deuxième dose. Le dossier de presse précise également que 76 % des cas confirmés concernent des enfants non vaccinés.

Atteindre les enfants au-delà des centres de santé

La campagne prévue du 14 au 18 octobre cible les enfants âgés de 9 à 59 mois. Pour élargir la couverture, les équipes ne se limiteront pas aux formations sanitaires. Des postes avancés seront installés dans des lieux fréquentés par les familles : marchés, chefferies, carrefours, lieux de culte et établissements scolaires.

Cette stratégie répond à une difficulté pratique : tous les ménages ne fréquentent pas régulièrement les structures de santé. La distance, les contraintes quotidiennes et l’insuffisance d’information peuvent compliquer l’accès aux services préventifs. Toutefois, ces obstacles doivent être documentés sur le terrain pour mesurer leur poids réel dans les différents districts.

Le dispositif prévoit également de rattraper les enfants insuffisamment vaccinés et ceux qui n’ont reçu aucune dose. Pour ces derniers, l’identification et la mobilisation des familles constituent une étape essentielle. Une campagne peut disposer de vaccins et d’équipes sans atteindre pleinement sa cible si les ménages concernés ne sont pas informés ou ne se présentent pas aux points de vaccination.

Le délégué régional appelle ainsi les parents à autoriser et à faciliter la vaccination de leurs enfants. Cette mobilisation repose aussi sur l’implication des autorités administratives et municipales, des responsables communautaires et des acteurs de l’éducation, des affaires sociales et de la communication.

Des ambitions confrontées aux contraintes budgétaires

La capacité à rapprocher les équipes des populations dépend également des moyens mobilisés. Sur ce point, Charles Yopndoi reconnaît que le cadrage budgétaire, dans un contexte de ressources limitées et de retrait progressif de certains partenaires, n’a pas permis de réunir tous les moyens nécessaires.

Cette contrainte soulève la question de la continuité des efforts de prévention. Le déploiement des équipes, l’information des familles et la coordination entre les acteurs exigent une organisation adaptée aux réalités locales. Les ressources disponibles doivent permettre de couvrir les zones ciblées tout en assurant le suivi des enfants vaccinés. Le recours aux médias constitue l’un des leviers de mobilisation retenus par les responsables sanitaires. Mais l’information doit être relayée dans les langues et les espaces accessibles aux communautés concernées, en complément du travail des agents de santé et des relais communautaires.

Au-delà des cinq jours de campagne, la difficulté sera de maintenir la vigilance et de combler les retards de vaccination. La lutte contre la rougeole et la rubéole dépend autant de la disponibilité des services que de leur accessibilité effective.

Dans le Littoral, l’enjeu est donc double : vacciner le plus grand nombre d’enfants pendant l’opération et renforcer les mécanismes permettant d’identifier ceux qui restent en marge du système. Car une couverture insuffisante ne concerne pas seulement les familles directement touchées ; elle fragilise aussi les efforts collectifs destinés à interrompre la circulation du virus.

 

Diane Kenfack

 

 

 

About Post Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
29 − 1 =


Enregistrez vous à notre newsletter