SDF: Du triomphe de 1992 au tsunami de 2025

Après avoir chuté à 1,21 % à la présidentielle d’octobre 2025, le Social Democratic Front tente de se relancer dans le Littoral en vue des municipales et législatives à venir.

Le Social Democratic Front (SDF) veut tourner la page de son pire revers électoral. Réuni mi-février 2026 à Douala, son comité exécutif régional du Littoral a sonné la remobilisation, quelques mois après une présidentielle où le parti n’a recueilli que 1,21 % des suffrages, terminant à la sixième place. Un score historiquement bas pour une formation qui, en 1992, frôlait le pouvoir.

Le contraste est saisissant. Lors du scrutin présidentiel pluraliste de 1992, le SDF, porté par John Fru Ndi, avait rassemblé environ 36 % des voix selon les résultats officiels, s’imposant comme la principale force d’opposition. Cinq ans plus tard, en 1997, sa participation boycottée avait déjà marqué un tournant. En 2004, le parti retombait autour de 17 %. En 2011, il descendait sous la barre des 11 %. En 2018, il stagnait à près de 3,3 %. Puis, en 2025, l’effondrement : 1,21 %. En trois décennies, la courbe n’a cessé de s’incliner.

« Nous avons perdu une bataille, pas la guerre », a lancé Job Théophile Kwapnang, président régional du SDF Littoral, devant des militants réunis à Douala. Le ton se veut combatif, malgré ce que certains cadres qualifient de « tsunami électoral ». Pour lui, l’heure est au rassemblement. « Le problème du SDF est interne. Nous devons nous retrouver sur l’essentiel », a-t-il insisté. La réunion a permis de faire le point dans les cinq circonscriptions de la région : Moungo-Nord, Moungo-Sud, Wouri, Sanaga-Maritime et Nkam. Les responsables locaux ont partagé leurs diagnostics et évoqué la nécessité d’une présence plus visible sur le terrain. Une tournée régionale est annoncée pour resserrer les rangs et harmoniser les discours avant la convocation du corps électoral.

Cependant, l’enjeu dépasse le seul Littoral. Le SDF, longtemps perçu comme le symbole d’une opposition structurée, peine à conserver ses bastions municipaux. Aux législatives et municipales successives, le nombre d’élus a progressivement diminué, réduisant son influence institutionnelle. « Nous devons reconquérir nos mairies une à une », a affirmé Job Théophile Kwapnang, promettant un parti « plus uni et plus fort ». Pour plusieurs militants présents, la priorité est de restaurer la confiance. « Les populations veulent des solutions concrètes. Si nous ne sommes pas proches d’elles, elles se tournent ailleurs », reconnaît un cadre local. La direction régionale assure travailler à une stratégie plus ancrée dans les réalités quotidiennes.

Le Social Democratic Front joue ainsi une partie décisive. D’un côté, son histoire rappelle qu’il a été capable de mobiliser massivement et d’incarner l’alternative. De l’autre, les chiffres récents traduisent un affaiblissement continu. Entre mémoire d’une percée spectaculaire en 1992 et réalité d’un score marginal en 2025, le parti cherche à inverser la tendance. Les municipales et législatives à venir serviront donc de test. Elles diront si la relance engagée dans le Littoral peut amorcer un redressement national ou si la formation historique de l’opposition continuera sa lente érosion sur l’échiquier politique camerounais.

Hélène Tientcheu

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