Législatives et municipales: Le MRC presse le pouvoir de convoquer les électeurs
Dans une déclaration publiée le 28 octobre 2026 à Yaoundé, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun, exige la convocation du corps électoral, alors que les mandats des députés et des conseillers municipaux ont été prorogés.
Le calendrier électoral est désormais au cœur de la bataille politique. Alors que le mandat des députés a été prorogé jusqu’au 20 décembre 2026 et celui des conseillers municipaux jusqu’en février 2027, le corps électoral n’est toujours pas convoqué. Face à cette attente, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) hausse le ton et réclame l’organisation des législatives et des municipales dans les délais légaux. Dans une déclaration rendue publique le 28 octobre 2026 à Yaoundé, la formation politique dirigée par Tirane Babine Nadège Noah, nouvellement élue, considère que le report de ces scrutins constitue un obstacle supplémentaire au fonctionnement démocratique du pays. « Les élections législatives et municipales ne sont pas une faveur du pouvoir : elles sont une obligation de la loi ».
Pour le MRC, l’enjeu dépasse le simple renouvellement des mandats. Les députés sont appelés à voter le budget de l’État et à contrôler l’action gouvernementale, tandis que les conseillers municipaux participent à la gestion des communes. Leur maintien prolongé en fonction, sans nouvelle consultation électorale, prive ainsi les citoyens de la possibilité de choisir leurs représentants. Le parti prévient qu’une nouvelle prorogation des mandats constituerait un aveu de faiblesse. « Celui d’un pouvoir qui redoute les urnes », estime-t-il, en exigeant que les électeurs soient convoqués sans nouveau report.
Un scrutin sur fond de crise
Cette revendication intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Le MRC rappelle l’exclusion de Maurice Kamto, candidat investi par le Manidem, de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Le parti conteste également les résultats officiels proclamés à l’issue du scrutin, dont la crise postélectorale a été marquée, selon sa déclaration, par des dizaines de morts, notamment parmi les jeunes manifestants. À cette contestation s’ajoute la modification constitutionnelle du 14 avril 2026, qui a institué un poste de vice-président nommé et appelé à succéder au président de la République. Le MRC y voit une violation de l’article 64 de la Constitution du 18 janvier 1996 et dénonce une transformation profonde des institutions.
Le mouvement estime que ces blocages démocratiques, entretenus depuis plusieurs décennies, alimentent la colère sociale et réduisent les possibilités d’une sortie pacifique de crise. Dans sa déclaration intitulée « Un volcan en éruption nommé Cameroun », le MRC évoque une situation nationale devenue explosive. Il cite notamment les alertes de Jean-Paul Ntsengue, ancien conseiller technique et directeur de cabinet du président d’Elections Cameroon (Elecam), qui avait décrit, le 27 septembre dernier, un songe marqué par « le feu », « le sang » et « le chaos ».
Le parti mentionne également l’appel à la « mobilisation générale » lancé le 23 octobre par le capitaine Romuald Kenneth Effoudou, ancien chef de bureau du renseignement à l’état-major de la présidence de la République. Une prise de parole qui, selon le MRC, témoigne d’un malaise grandissant jusque dans les rangs des forces de défense. Sur le plan économique, le tableau n’est guère plus rassurant. Le 22 octobre, lors de la 12e session du Cameroon Business Forum, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) a révélé une chute de 74,4 % des dépenses d’investissement public en 2026. Le MRC évoque également les difficultés de trésorerie de l’État et le risque de cessation de paiement.
Malgré la virulence de ses accusations contre le pouvoir, le parti affirme vouloir éviter une confrontation généralisée. Il assure que les Camerounais peuvent encore se parler pour prévenir le pire.
H.T

