Réaction de Hervé Mvondo Mvondo : Le Gecam peut-il peser sur la recomposition du prochain gouvernement ?

«Le Gecam est un acteur non négligeable pour l’émergence du Cameroun»

Pour le PhD Droit des affaires, Chargé de Cours, FSJP-Université de Yaoundé II, l’on ne saurait refuser à celui qui s’investi dans l’atteinte des objectifs de développement, un droit de regard sur la manière dont la chose publique est gérée.

Pour comprendre la récente sortie du président du Gecam, il faut interroger la nature des rapports qu’entretiennent le Patronat et l’ordre gouvernant actuel, ainsi il sera plus aisé de répondre à la question de savoir si le Gecam peut peser sur la recomposition du prochain gouvernement.

Permettrez moi de prime abord d’orienter le débat autrement, au regard des enjeux de développement actuels dont fait face le Cameroun : le Gecam est-il en droit d’appeler à un gouvernement d’action ? Il s’agit-là d’une question préjudicielle à laquelle il faut absolument répondre, avant, d’envisager les moyens de pression du Patronat sur la formation du gouvernement annoncé par le président de la République le 31 décembre 2025.

En effet, « le Patronat plaide pour la mise en place d’une équipe gouvernementale resserrée, et résolument orientée vers l’action » ; et trois arguments majeurs peuvent être mobilisés pour le justifier.

D’abord, l’annonce faite par le président de la République d’un remaniement ministériel à l’occasion de son traditionnel message à la Nation le 31 décembre 2025, trahit inévitablement les résultats mitigés de l’équipe gouvernementale actuelle. Pour reprendre cette pensée commune : « on ne change pas une équipe qui gagne ». Aussi, au-delà du respect des équilibres, le remaniement ministériel repose assurément sur des logiques de mise à l’écart des personnes qui n’auront pas donné satisfaction à tous points de vue ou intérêts ; et de réorientation de l’action gouvernementale vers l’atteinte des résultats en faveur du bien-être de la population.

Ensuite, le Patronat est davantage auréolé d’une nature fonctionnelle de « syndicat », au détriment de sa nature originelle d’« organisation interprofessionnelle » qui regroupe des groupements professionnels, des associations d’entreprises et des entreprises individuelles. C’est en cela qu’on reconnaît au Gecam une capacité d’influence sur les décisions prises par le politique, toute chose qui se justifie par l’oreille attentive que lui prêtent les milieux d’implémentation des politiques publiques économiques (ministère des finances), de prise de décisions (les services du premier Ministre), et de pouvoir (la présidence de la République). D’ailleurs, les concertations entre cette organisation professionnelle jadis cantonnée à un rôle d’appui au développement, aujourd’hui véritable levier d’influence, sont fréquentes et légions, preuve s’il en fallait encore que le Gecam est un acteur incontournable de l’action publique économique.

Enfin, depuis peu, avec la migration vers le modèle de financement du développement par le secteur privé (Partenariat Public Privé), reconnaissant de ce fait aux personnes (physiques et morales) privées un rôle central dans le financement de l’économie (recettes fiscales) et du développement (emprunt obligataire), le Gecam est un acteur non négligeable pour l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035. Par conséquent, on ne saurait refuser à celui qui s’investi dans l’atteinte des objectifs de développement, un droit de regard sur la manière dont la chose publique est gérée.

À la lecture de tout ce qui précède, le Gecam est bel et bien en droit d’interpeller le président de la République sur l’impératif de la formation d’un gouvernement d’action. Quid de ses moyens de pression ?

Déjà, il faut souligner que les habitudes managériales du président de la République le mettent à l’abri de toute sorte de pression à laquelle il est le plus souvent insensible. Son modèle de gouvernance par le silence ne traduit pas son indifférence face à la situation, mais désigne plutôt l’attitude d’un dirigeant qui refuse de se laisser dicter sa conduite par des actions de pression extérieures.

Par ailleurs, s’il venait à l’esprit du Gecam l’idée de paralyser le secteur économique (arrêt d’activités ; incivisme fiscal ; suspension de fournitures de petits commerçants, … Etc.), la faisabilité d’une telle action demeure sujette à caution au moins pour deux raisons : le Gecam sera le premier à en souffrir ; le caractère associatif du Gecam obéit à certaines règles internes de fonctionnement qui recommandent de soumettre une telle décision à l’adhésion de la majorité des membres.

Pour conclure, la possibilité pour le Gecam de peser sur la formation du prochain gouvernement relève de l’ordre « de l’utile » ; son implémentation « relève de l’ordre des négociations de couloir et non du diktat ».

Propos recueillis par H. T.

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