Fintech: Un front commun pour protéger l’essor numérique
Avec plus de 2 600 milliards FCFA de transactions numériques attendues fin 2025, le Cameroun s’attelle à structurer un écosystème Fintech sécurisé, réglementé et durable, comme le révèle le séminaire Digitize Cameroon 2025 à Douala, du 12-14 novembre 2025.
Alors que les services financiers numériques s’imposent désormais comme l’un des moteurs les plus dynamiques de l’économie camerounaise, les acteurs du secteur se sont réunis à Douala pour mesurer l’ampleur du défi : donner à cette révolution un cadre solide, capable d’en garantir la sécurité, la pérennité et la crédibilité. Durant trois jours (du 12 au 14 novembre 2025), le séminaire Digitize Cameroon 2025, organisé par l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (Antic) et l’ONG The Change Engine, a réuni 124 institutions autour d’un même constat : « Un écosystème Fintech résilient nécessite bien plus que la technologie », a rappelé le Directeur général de l’Antic, le professeur Ebot Ebot Enaw.
Car la croissance est là. Avec un taux de pénétration mobile dépassant 80 % et un marché des paiements numériques estimé à plus de 2 607 milliards de FCFA d’ici la fin de l’année, la Fintech s’est imposée comme un levier d’inclusion financière. Mobile money, commerce en ligne, prêts numériques ou transferts internationaux : autant de pratiques qui redessinent la vie économique du pays. Toutefois, comme l’a reconnu un expert présent à l’atelier, « l’essor des usages ne doit pas masquer les vulnérabilités techniques et organisationnelles ».
En effet, les récents audits menés par l’Antic ont relevé des fragilités susceptibles d’exposer les plateformes aux risques de fraude, de panne ou de perte de données. D’où l’urgence, pour l’écosystème, de renforcer la gouvernance et la conformité réglementaire. Les participants ont ainsi revisité les exigences en matière d’agrément, de protection des données ou de lutte contre le blanchiment, tout en s’inspirant des standards internationaux. Pour beaucoup, cette mise à niveau est indispensable afin de « réduire les risques systémiques et asseoir la confiance des utilisateurs ».
Par ailleurs, l’accent a été mis sur les partenariats. Banques, opérateurs télécoms, start-up, institutions universitaires : tous ont été invités à mutualiser leur expertise. Selon la fondatrice de l’ONG The Change Engine, Helen Manyi Arrey, « aucun acteur ne peut, seul, sécuriser un système aussi interconnecté ». Cette logique collaborative devrait notamment favoriser le partage de connaissances, l’innovation conjointe et une réponse coordonnée aux menaces émergentes.
Au-delà des aspects techniques, la question des compétences est apparue centrale. Les organisateurs ont insisté sur la nécessité de former les équipes aux enjeux de cybersécurité, d’analyse de données ou de gestion des risques. Pour l’Antic, cet investissement est indispensable pour accompagner la transformation numérique portée par la Stratégie nationale de développement 2020-2030. En ce sens, le rappel du président Paul Biya, évoquant « l’ingéniosité et la créativité des jeunes » dans le numérique, a résonné comme un encouragement à consolider les acquis.
Finalement, Digitize Cameroon 2025 aura permis de mettre en lumière un paradoxe : si le Cameroun a déjà pris le train de la révolution Fintech, son avenir dépendra de sa capacité à renforcer ses fondations. Ce séminaire pose ainsi les jalons d’un écosystème appelé à devenir plus sûr, plus cohérent et mieux préparé aux transformations à venir.
Hélène Tientcheu

