Droits de l’Homme: 2 782 détenus, le rapport qui interpelle l’ONU
Du 19 octobre au 6 novembre 2026, à Genève, le Comité des droits de l’homme des Nations unies examine le respect des libertés au Cameroun.
Derrière les milliers de dossiers de détention recensés au Cameroun, une question domine : combien de personnes attendent encore d’être jugées et dans quelles conditions ? Dans son rapport alternatif présenté aux Nations unies, une coalition d’organisations de la société civile avance un chiffre préoccupant : sur 3 310 dossiers enregistrés au 14 avril 2026, 2 782 personnes étaient toujours détenues. Un bilan qui place les garanties judiciaires au cœur de l’examen international du pays.
Le document, porté notamment par Nouveaux Droits de l’Homme Cameroun (NDH) et le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac), entend confronter les engagements de l’État à la réalité documentée sur le terrain. Les violences survenues après la présidentielle d’octobre 2025 occupent une place importante dans ce rapport. Le consortium coordonné par le Redhac a recensé 540 cas de violations liés au processus électoral. Quant au bilan humain des manifestations postélectorales, il reste controversé : 16 décès selon le gouvernement, contre 48 selon des sources des Nations unies. D’autres organisations avancent des chiffres supérieurs.
Face à ces écarts, la coalition demande que la lumière soit faite sur les circonstances des décès et les responsabilités éventuelles. Elle réclame également des enquêtes indépendantes sur les morts, les blessures graves, les disparitions et les allégations de mauvais traitements. Sur le front judiciaire, des listes établies par des avocats font état de 312 arrestations recensées à partir du 26 octobre 2025. Pour les organisations signataires, la publication de données vérifiables sur les personnes interpellées, les lieux de détention et l’évolution des procédures constitue un préalable à toute évaluation sérieuse de la situation.
Les civils toujours exposés dans le NoSo
Le rapport met aussi en lumière la persistance des violences dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Pour l’année 2025, 136 incidents et au moins 278 victimes directes y ont été documentés par la coalition. Les détentions soulèvent une autre préoccupation : 1 339 personnes sont classées dans la catégorie liée à la crise anglophone, dont 1 298 en attente de jugement, selon le document. La durée de ces procédures et l’accès des détenus à leurs avocats figurent parmi les questions soulevées.
La situation des enfants retient également l’attention. Selon la synthèse du rapport, deux nourrissons se trouvaient encore à la prison centrale de Bamenda au 20 septembre 2026. La coalition demande des éclaircissements sur leurs conditions de détention et sur la protection de leurs mères. Au-delà des arrestations, le traitement des plaintes contre les agents de l’État interroge les organisations. Le rapport recense environ 256 plaintes déposées depuis 2017 pour torture ou usage excessif de la force, dont presque aucune n’aurait abouti à un procès, selon les données présentées.
La coalition plaide pour des enquêtes rapides et impartiales, mais aussi pour un accès effectif des familles, des avocats et des médecins aux personnes privées de liberté. Elle demande par ailleurs de mieux encadrer le recours à la garde à vue administrative et aux juridictions militaires lorsqu’il concerne des civils. Pour sortir du constat, les organisations formulent huit recommandations prioritaires. Elles demandent notamment la publication de données fiables sur les arrestations, l’ouverture d’enquêtes sur les violences postélectorales, un plan de protection des civils dans les régions anglophones et une législation complète contre les violences fondées sur le genre.
Soumis le 21 septembre 2026, ce rapport doit alimenter les travaux de la 146e session du Comité des droits de l’homme des Nations unies, du 19 octobre au 6 novembre. Pour ses auteurs, l’enjeu ne se limite pas à faire entendre des accusations : il s’agit d’obtenir des réponses vérifiables sur les enquêtes, les responsabilités et les réparations accordées aux victimes.
H.T

