Accès fiable et durable de l’énergie électrique: Le plan d’urgence du gouvernement sur 100 jours
Suite à la renationalisation d’ENEO, la feuille de route gouvernementale présentée le 22 janvier à Douala lors d’un atelier d’échanges stratégiques entre le MINEE et le GECAM, vise à restaurer durablement la fiabilité de l’approvisionnement en énergie électrique.
La renationalisation d’ENEO marque un tournant stratégique pour le secteur de l’électricité au Cameroun. Pour les pouvoirs publics, il ne s’agit pas d’un simple changement d’actionnariat, mais du point de départ d’une réforme opérationnelle visant à fiabiliser l’approvisionnement énergétique et à assainir durablement les finances du secteur. C’est le sens du plan d’action sur 100 jours présenté le 22 janvier à Douala par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, devant les industriels réunis par le GECAM.
Première priorité affichée : soulager la trésorerie d’Eneo, fragilisée par un endettement bancaire lourd. Le gouvernement prévoit de renégocier les crédits de trésorerie et dettes financières, dont l’encours avoisine 177 milliards de FCFA, afin de les convertir en emprunts amortissables à plus long terme. Cette restructuration devrait permettre de dégager un gain mensuel estimé à 2,7 milliards de FCFA, dont 2,5 milliards sur le capital et 200 millions sur les intérêts, offrant ainsi à l’entreprise une marge de manœuvre immédiate pour ses opérations courantes.
Dans le même esprit, l’État entend mettre fin aux arriérés chroniques des administrations publiques. Les factures d’électricité des structures étatiques seront désormais traitées comme des dépenses obligatoires, au même titre que les salaires. Pour les entreprises publiques, le paiement sera intégré au mécanisme des retenues à la source. Cette mesure de discipline budgétaire devrait générer au moins 2 milliards de FCFA de recettes supplémentaires par mois.
Le plan gouvernemental mise également sur l’élargissement rapide de la clientèle industrielle, considérée comme un levier majeur de stabilité financière. Dès le quatrième trimestre 2026, les raccordements des industriels seront accélérés pour capter environ 150 MW additionnels. À terme, ces nouveaux clients pourraient générer près de 4 milliards de FCFA de revenus mensuels, tout en contribuant à une meilleure prévisibilité de la demande.
Autre chantier central : la lutte contre la fraude, qui continue de plomber les performances du secteur. Les pertes commerciales sont évaluées à près de 60 milliards de FCFA par an. Pour inverser la tendance, l’État prévoit l’installation de 8 000 compteurs intelligents sur les réseaux moyenne et basse tension. Ces équipements permettront un meilleur suivi des flux énergétiques et une réduction des pertes. Le gain attendu est estimé à environ 500 millions de FCFA par mois dès la première année.
La généralisation progressive des compteurs prépayés constitue un autre pilier du plan. Plus de 1,3 million de compteurs post-payés sont concernés. En 2026, la migration de 50 000 compteurs est déjà engagée. Cette transition vise à améliorer la trésorerie, réduire les coûts de relève et limiter les impayés. Selon les projections du MINEE, elle pourrait générer une avance de trésorerie de 200 millions de FCFA par mois et réduire les charges opérationnelles d’environ 20 millions mensuels.
Enfin, le gouvernement entend s’attaquer aux dépenses internes d’Eneo. Certains postes jugés compressibles seront réduits de moitié, faisant passer les charges concernées de 7 à 3,5 milliards de FCFA par an, soit un gain mensuel d’environ 300 millions de FCFA.
Julien Efila

