Cacao durable: Le double pari des revenus décents et de l’enfance protégée

Réunis le 3 novembre 2026 à Yaoundé, à l’initiative de la Fondation International Cocoa Initiative (ICI), les acteurs de la filière ont engagé la réflexion sur les leviers d’une rémunération équitable des producteurs et d’une lutte renforcée contre le travail des enfants.

La durabilité du cacao camerounais se joue autant dans les plantations que dans les conditions de vie des familles qui en assurent la production. Entre faibles revenus des producteurs et persistance du travail des enfants, la filière fait face à des défis sociaux qui interpellent l’ensemble de ses acteurs. C’est autour de ces préoccupations que s’est tenue, le 3 novembre 2026 à Yaoundé, la rencontre des partenaires institutionnels organisée par la Fondation International Cocoa Initiative (ICI), en marge de sa 54ᵉ réunion du Conseil d’administration.

Présidées par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, ces assises ont permis de mettre en lumière une exigence fondamentale : construire une filière responsable sans laisser de côté les producteurs et leurs communautés.

Dans son intervention, le membre du gouvernement a particulièrement plaidé pour une rémunération juste et équitable des producteurs. Une préoccupation centrale, tant les revenus tirés de la cacaoculture conditionnent la capacité des ménages à subvenir à leurs besoins, notamment en matière d’alimentation, de santé et de scolarisation des enfants.

Car derrière la question du revenu se trouve également celle du travail des enfants. Dans les communautés productrices, la pauvreté des ménages, les difficultés d’accès à l’éducation et le manque de main-d’œuvre constituent des facteurs susceptibles d’exposer les enfants à des activités agricoles, parfois dangereuses pour leur santé, leur sécurité et leur développement.

Pour les participants, la lutte contre ce phénomène ne saurait donc se limiter à la dénonciation ou à la répression. Elle doit s’attaquer à ses causes profondes. C’est précisément le message porté par Euphrasie Aka, directrice Afrique de l’ICI. Pour elle, la diligence raisonnable constitue une occasion de mobiliser les différentes parties prenantes autour d’une responsabilité partagée. Pouvoirs publics, producteurs et leurs organisations, entreprises du cacao et du chocolat, société civile et partenaires techniques doivent conjuguer leurs efforts pour prévenir et combattre le travail des enfants et le travail forcé.

La responsable régionale a notamment souligné que cette lutte exige de prendre en compte la pauvreté des familles, les difficultés d’accès à l’éducation, l’insuffisance des services sociaux de base et les déficits de main-d’œuvre. Elle a ainsi insisté sur la nécessité de développer des mécanismes robustes de prévention, d’identification, de protection des victimes et de remédiation. Une démarche qui suppose une coordination transparente entre les administrations concernées et les acteurs de la filière.

Euphrasie Aka a également mis l’accent sur l’accompagnement des acteurs nationaux. Le renforcement des capacités, l’amélioration des systèmes de prévention et de suivi du travail des enfants ainsi que le développement de mécanismes de remédiation adaptés figurent parmi les domaines dans lesquels l’ICI entend apporter sa contribution. Elle a toutefois rappelé que les interventions doivent être conçues avec les acteurs locaux et tenir compte des réalités des communautés rurales. « Les solutions les plus efficaces sont celles qui sont conçues avec les acteurs nationaux, ancrées dans des réalités locales et soutenues par un engagement durable de tous les partenaires », a-t-elle indiqué.

Un plaidoyer en faveur d’une coopération qui privilégie la complémentarité des actions plutôt que la multiplication d’initiatives isolées.

Les échanges ont par ailleurs porté sur les évolutions des politiques européennes de diligence raisonnable, le cadre juridique camerounais et les engagements internationaux en matière de protection des droits humains et des droits de l’enfant. Pour le Cameroun, cinquième producteur mondial de cacao, l’enjeu est également de préserver l’accès de sa production aux marchés internationaux, en répondant aux exigences croissantes de traçabilité et de responsabilité sociale.

Officiellement présente au Cameroun depuis le 31 mars 2026, l’ICI entend accompagner cette dynamique en s’appuyant sur son expérience acquise depuis sa création en 2002.

 

Julien Efila

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