Refondation politique et sociale du Cameroun : Les propositions qui viennent des organisations syndicales
Dévoilées le 4 septembre dernier à Yaoundé à l’occasion d’une conférence de presse, les principales confédérations syndicales proposent une série de réformes juridiques, économiques et politiques.
Changer le Cameroun en profondeur. C’est le pari pris par les principales confédérations syndicales du pays, dont les propositions sont contenues dans le livre blanc du mouvement syndical camerounais. Dans ce document de 90 pages dévoilé le 4 septembre dernier à Yaoundé, les syndicats ne se contentent plus de dénoncer. Ils proposent, revendiquent, et surtout, interpellent les pouvoirs publics et les acteurs politiques à l’aube des élections présidentielles, régionales et législatives.
La priorité est claire : restaurer la dignité du travailleur camerounais. Le livre blanc, fruit des réflexions issues du Forum syndical national de novembre 2024, réclame une réforme en profondeur du cadre juridique et institutionnel régissant le mouvement syndical. Il s’agit, entre autres, de promulguer enfin la loi sur les syndicats, prévue par la loi de 1990 sur la liberté d’association, mais jamais mise en œuvre. Les syndicats exigent également l’abrogation de la loi sur le terrorisme, jugée répressive et utilisée, selon eux, pour museler les mouvements sociaux.
Le document recommande un renforcement significatif du dialogue social, actuellement jugé inefficace, en révisant les textes encadrant les négociations entre employeurs, syndicats et État. L’adoption d’un salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) fixé à 150 000 F CFA par mois, révisable tous les deux ans, figure aussi parmi les mesures phares proposées.
Sur le plan institutionnel, ils proposent la création d’une filière de spécialisation pour les magistrats sur les normes internationales du travail, dans les universités et grandes écoles, afin de garantir une justice sociale mieux formée et plus indépendante.
L’emploi des jeunes est également ciblé comme priorité nationale. Les confédérations plaident pour une légalisation de la priorité d’embauche des jeunes de 18 à 35 ans dans les projets à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO), une mesure censée combattre efficacement le chômage endémique qui frappe cette tranche d’âge.
Mais ce livre blanc va au-delà des strictes revendications professionnelles. Il s’inscrit dans une vision plus large d’un Cameroun à reconstruire. Sur le plan politique, les syndicats proposent une stratégie électorale destinée aux partis politiques pour favoriser l’alternance démocratique en 2025 et 2026. Ils se positionnent également en faveur d’un fédéralisme intégral, qu’ils qualifient d’outil pour une meilleure gouvernance locale et une plus grande cohésion nationale.
Sur le terrain économique, ils appellent à une redistribution équitable des richesses nationales. Et, dans un geste fort de souveraineté, les syndicats recommandent une rupture avec les accords monétaires entre le Cameroun et la France, jugeant le système actuel désavantageux pour l’économie nationale.
Cette plateforme syndicale est portée par 11 des 12 confédérations reconnues au Cameroun. Parmi elles : la Confédération des syndicats autonomes du Cameroun (CSAC), l’Union des syndicats libres du Cameroun (USLC), la Cameroon Confederation of Workers’ Trade Union (CCWTU), la Confédération Entente nationale des travailleurs du Cameroun, la Confédération générale du travail, ainsi que la Centrale syndicale du secteur public.
Julien Efila

