Assemblée nationale: Un scandale d’emplois fictifs à Ngoa-Ekelle 

Dans une note de service signée le 21 avril 2026, le secrétaire général de l’Assemblée nationale, André Noël Essian, prescrit désormais aux personnels de l’institution de présenter une attestation de présence effective au travail avant de percevoir le salaire.

Que se passe-t-il à l’Assemblée nationale ? La question mérite d’être posée dans la mesure où, dans une note de service signée le 21 avril 2026, le secrétaire général de l’Assemblée nationale, André Noël Essian, prescrit désormais aux personnels de l’institution de présenter une attestation de présence effective au travail avant de percevoir le salaire. Il écrit à cet effet : « En vue de fluidifier le traitement de la chaîne de la solde de l’institution, il est porté à la connaissance des personnels de l’Assemblée nationale que dans le cadre du paiement des salaires, il leur sera dorénavant exigé une attestation de présence effective valide, délivrée par les chefs des structures dont ils relèvent. J’attache un prix scrupuleux de cette mesure. »

Cette note intervient dans un contexte où un audit récent, initié par le nouveau président de l’Assemblée nationale du Cameroun, Théodore Datouo, a mis au jour la présence d’environ 150 agents fictifs (agents fantômes) au sein de l’institution, qui percevaient régulièrement des salaires et des primes sans travailler. Cette « anomalie massive, qui dépasse la simple bavure administrative », indexe directement trois décennies de gouvernance ininterrompue de l’emblématique président de l’institution, Cavaye Yeguie Djibril (1992-2025).

Ce démantèlement vient, et pour ne retenir que ces deux dernières années, rappeler les 20 000 fonctionnaires fictifs recensés en 2025, impliquant ici une perte de 46 milliards FCFA chaque année pour l’Etat camerounais. Bien avant, en 2024, le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra) informait que 1 172 agents publics avaient été rayés des effectifs. Ils venaient d’ailleurs allonger la liste à deux autres vagues dans la même année, portant le total à 4 027 agents publics radiés.

Le cas de l’Assemblée nationale qui vient d’être révélé au public, n’est donc pas, peut-on affirmer, un cas isolé. « L’audit ne découvre pas une anomalie isolée. Il met à nu un dispositif qui a prospéré dans le temps. Plus de 150 fonctionnaires fantômes auraient été inscrits dans les fichiers, validés administrativement, et maintenus dans le circuit de paie, sans jamais exercer de fonction réelle », dévoile, convaincu que « ce n’est pas une dérive marginale, c’est un système ».

Si la pratique au Cameroun ne semble donc pas nouvelle, la nature de l’institution en cause heurte le confrère. « L’Assemblée nationale n’est pas une administration ordinaire. C’est l’institution qui vote la loi et contrôle l’exécutif. Si elle reproduit les pratiques qu’elle est censée surveiller, elle perd toute crédibilité comme référence institutionnelle. La question se pose aussi directement : si cette opération a effectivement couvert l’Assemblée nationale, comment ces agents fictifs ont-ils survécu ? Soit le contrôle a été superficiel, soit ses résultats ont été neutralisés. Dans les deux cas, l’assainissement n’a pas eu lieu », commente 237online.com, qui craint déjà que ce dossier ne subisse le même sort que ceux précédents, c’est-à-dire rester sans lendemain.

Maixent Fegue

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