Elh Moussa Firissou: Le gardien du parti dans la tourmente
Longtemps resté dans l’ombre d’Issa Tchiroma Bakary, Elh Moussa Firissou occupe désormais une position centrale au sein du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC).
La scène politique camerounaise lui a longtemps accordé peu de visibilité. Pourtant, depuis plusieurs mois, Elh Moussa Firissou est devenu l’un des hommes sur lesquels repose le fonctionnement du FSNC. Son nom est désormais associé aux principales communications du parti, notamment depuis que son président, Issa Tchiroma Bakary, se trouve en Gambie. Une responsabilité qui l’a progressivement fait sortir de l’ombre pour le placer au premier rang d’une formation confrontée à des choix politiques difficiles.
La récente suspension du FSNC vient confirmer cette nouvelle exposition. Le 27 octobre 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a signél’arrêté n°000163/A/MINAT prononçant la suspension des activités du parti sur l’ensemble du territoire national pour une durée de trois mois. L’administration invoque notamment des faits liés aux troubles postélectoraux, à l’incitation à la violence et à des atteintes à l’unité nationale.
Dès le lendemain, le secrétaire général par intérim du Comité central prend position. Dans un communiqué, il rejette la mesure et la qualifie de « non-événement » et de « grossière mise en scène politique ». Une réponse sans ambiguïté, qui traduit la volonté de la direction du FSNC de ne pas laisser la décision administrative imposer le rythme de sa communication.
Itinéraire construit à la base
L’ascension de Moussa Firissou ne relève pas d’une arrivée soudaine dans l’appareil dirigeant. Son parcours politique s’est construit progressivement, au contact des structures locales du parti. Militant de la première heure, il commence son engagement à la base avant de prendre la tête de la section du FSNC dans le troisième arrondissement de Garoua, ville considérée comme l’un des principaux bastions électoraux de la formation d’Issa Tchiroma Bakary.
Cette implantation locale lui ouvre progressivement les portes des instances nationales. Il intègre successivement le Comité central puis le Bureau politique. Une progression qu’il revendique lui-même pour rappeler son ancrage dans l’organisation. « Je ne viens pas de nulle part. Je suis parti de la base pour le sommet », déclarait-il dans un entretien publié le 14 juillet 2026 par Aujourd’hui l’Afrique.
En décembre 2025, Issa Tchiroma Bakary lui confie le secrétariat général par intérim du Comité central. Le choix intervient dans un contexte particulier : le président du FSNC, arrivé deuxième à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 selon les résultats officiels, se trouve alors hors du Cameroun. Moussa Firissou devient ainsi l’un des principaux relais de son autorité au sein du parti.
Entre fidélité politique et gestion d’une crise
Depuis sa nomination, son travail consiste notamment à maintenir le contact avec les militants, à coordonner les structures locales et à préserver la mobilisation interne. Il encourage les responsables de base à rester proches des adhérents et à entretenir les échanges sur les plateformes numériques. Une stratégie de communication et d’animation militante qui prend une importance particulière en l’absence du président.
En février 2026, il avait déjà été chargé de porter la position du Comité central sur le boycott des prochaines législatives et municipales. Dans un communiqué daté du 6 février, il réaffirmait la décision du parti de ne pas participer à ces consultations, estimant que les conditions d’un scrutin démocratique, transparent et apaisé n’étaient pas réunies.
Sa visibilité s’est également renforcée en septembre 2026, lorsqu’il a été désigné porte-parole de la « Présidence élue » d’Issa Tchiroma Bakary, selon une information publiée par Vitrine du Cameroun. Cette fonction élargit son rôle au-delà de la gestion interne du FSNC et le place davantage au centre de la communication politique de son leader.
Aujourd’hui, la suspension du parti constitue un nouveau test pour cet homme dont la légitimité repose essentiellement sur son parcours militant et la confiance accordée par Issa Tchiroma Bakary. Sa réponse à la décision du MINAT témoigne de sa fidélité à la ligne défendue par le président du FSNC. Mais elle pose également la question de sa marge de manœuvre dans la conduite d’une organisation privée, pour trois mois, de ses activités légales sur le territoire national.
À la croisée de ces responsabilités, Moussa Firissou doit désormais relever un double défi : préserver la cohésion d’un parti fragilisé par l’absence de son fondateur et maintenir son existence politique dans un environnement institutionnel contraignant. Jusqu’ici, il s’est surtout affirmé comme un homme de continuité. La période actuelle dira si cette fonction de gardien du temple peut aussi faire de lui un acteur politique de premier plan.
Diane Kenfack

