Septennat des jeunes et des femmes: Promesses d’avenir, immobilisme et silence présidentiel
Placé sous le signe de la jeunesse et des femmes lors de sa prestation de serment intervenue le 3 novembre 2025, le nouveau mandat du président Paul Biya s’enlise aujourd’hui dans l’attente, entre promesses de remaniement non tenues, absences prolongées et visite papale historique.
Au moment de prêter serment devant la représentation nationale le 3 novembre 2025 pour entamer ce nouveau bail à la tête de l’État, le président Paul Biya avait voulu imprimer une marque d’optimisme et de modernité politique. Il avait officiellement placé ce nouveau cycle sous le signe des jeunes et des femmes, élevant ces deux composantes majeures de la population camerounaise au rang de priorités absolues de son action publique. Des mots forts, portés par l’espoir d’un renouvellement des énergies vives de la nation, d’une participation accrue des forces vives aux responsabilités publiques et d’une meilleure prise en compte des aspirations légitimes des nouvelles générations. Pourtant, un an après cette grandiloquence inaugurale, le contraste entre les engagements solennels pris à la tribune et la réalité de la gouvernance quotidienne n’a jamais été aussi saisissant, plongeant les observateurs et les citoyens dans un profond sentiment de perplexité.
La pierre angulaire de ce changement de cap annoncé résidait dans la formation imminente d’un nouveau gouvernement, censé incarner le souffle nouveau et la rupture méthodologique promis par le chef de l’État. Dès sa prestation de serment, le président Paul Biya avait formellement annoncé la mise en place de cette nouvelle équipe exécutive dans les prochaines semaines. Les milieux politiques à Yaoundé, les courtisans, les technocrates et l’ensemble de l’opinion publique nationale s’étaient alors figés dans une expectative fébrile, attendant le grand ménage ministériel devant propulser de nouveaux visages, notamment des femmes et des jeunes cadres, aux commandes des grands départements ministériels.
Les semaines ont glissé sur les mois, sans qu’aucun décret présidentiel ne vienne bouleverser la configuration gouvernementale en place. Face au désarroi grandissant, aux critiques acerbes de l’opposition et aux interrogations légitimes de la classe politique, le chef de l’État avait cru bon de raviver la flamme de l’espérance en réitérant solennellement cette même promesse lors de son allocution traditionnelle à la jeunesse le 10 février 2026. Un message fort, diffusé sur les antennes nationales, censé redonner du crédit à la parole présidentielle et remobiliser une jeunesse profondément désabusée par le chômage massif, le sous-emploi et la précarité endémique. Hélas, à ce jour, c’est le statut quo le plus absolu qui prévaut dans les arcanes du pouvoir. Pas le moindre frémissement institutionnel, pas le plus petit décret de remaniement à l’horizon : la promesse solennelle est restée lettre morte, laissant le pays tout entier suspendu à des décisions qui semblent prisonnières de calculs politiciens et d’une inertie bureaucratique difficilement justifiable.
Les longs séjours à l’étranger et la polémique persistante du silence
À cette inertie gouvernementale chronique s’est greffée une source récurrente d’interrogations, de frustrations et de polémiques au sein de l’opinion : les absences prolongées et répétées du chef de l’État hors des frontières nationales. L’illustration la plus éclatante de cette pratique est intervenue avec son dernier long séjour entamé le 7 juin 2026, date à laquelle le chef de l’État a quitté le pays pour une éclipse en Europe qui s’est prolongée sur plus de 60 jours consécutifs hors du territoire national sans la moindre réapparition publique. Ces voyages au long cours, effectués sans la moindre explication officielle ni communication transparente de la part de la présidence de la République, alimentent régulièrement les fantasmes les plus divers, les critiques acerbes des éditorialistes et l’inquiétude sourde des citoyens. Dans un pays confronté à des crises économiques et sécuritaires d’une extrême complexité, ces éclipses présidentielles prolongées renforcent cruellement l’impression d’un pouvoir désincarné, piloté à distance par un cercle restreint de courtisans, loin des urgences et de la souffrance quotidienne des populations.
Pour les observateurs de la vie politique camerounaise, ce mutisme institutionnel face aux absences à répétition du président illustre à la perfection la rupture croissante et dangereuse entre les sommets de l’État et la base de la société. La nation entière, suspendue aux moindres bruits de couloir, aux rumeurs colportées sur les réseaux sociaux et aux incertitudes totales liées à l’agenda du chef de l’exécutif, peine à trouver le cap d’une vision stratégique claire. Le contraste est ainsi devenu saisissant entre l’hyper-sollicitation des citoyens ordinaires face à la cherté de la vie et aux difficultés de survie, et le silence de cathédrale qui entoure de manière permanente les déplacements et les retours du premier magistrat du pays.
L’éclaircie diplomatique et spirituelle
Au milieu de cette longue période de flottement institutionnel, de tensions sociales post-électorales et de morosité politique ambiante, le pays a tout de même vibré au rythme d’un événement international de tout premier plan et d’une portée spirituelle immense : la visite historique du Pape au Cameroun. Ce moment de communion religieuse, de ferveur populaire et de diplomatie de haut vol a offert une parenthèse d’apaisement inestimable dans un climat national lourdement éprouvé par les soubresauts de l’automne précédent et la crise économique.
Le chef de l’État a personnellement reçu le Souverain pontife lors d’une séquence solennelle hautement médiatisée, rappelant à la face du monde la place géostratégique et diplomatique singulière du Cameroun sur la scène internationale, ainsi que sa capacité séculaire à mobiliser les foules autour des valeurs cardinales de paix, de tolérance, de dialogue interreligieux et de fraternité humaine. Si cette visite mémorable a un instant fait oublier les tracas intérieurs, les blocages politiques et les déceptions de la gouvernance locale en offrant aux autorités une vitrine politique et médiatique extrêmement précieuse, elle n’a pour autant pas effacé les dossiers brûlants laissés en suspens dans les cartons de la République.
Entre promesses d’avenir et désenchantement
À l’heure où s’écrit ce premier bilan d’étape de ce septennat prétendument placé sous le signe de l’audace, des femmes et de la jeunesse, le Cameroun ressemble de plus en plus à un grand paquebot naviguant à l’aveugle au milieu de la tempête. Les belles promesses de renouveau, les annonces solennelles et répétées de remaniements ministériels et les discours incantatoires sur l’émancipation des forces vives de la nation se heurtent inexorablement à la muraille épaisse d’un immobilisme systémique. Le pays continue d’être suspendu, partagé en permanence entre l’espérance indéfectible d’un peuple travailleur qui refuse obstinément de céder au fatalisme et la lassitude amère face à l’attentisme coupable de ses dirigeants. Le défi monumental des années à venir consistera précisément à briser cette chape de plomb et cette inertie institutionnelle pour que les grands slogans d’hier ne demeurent pas à jamais de simples illusions sans lendemain.

